Les yeux d’une femme…

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« Béa » – Noël au Kérala – 25 décembre 2013 –

Il n’est rien de plus impudique pour un homme que de regarder les yeux d’une femme. Scrutant son sexe, il n’ira jamais plus loin que les trompes de Fallope.

Qu’il la fixe dans les yeux, il ira jusqu’à son coeur…et peut-être… son âme.

Etienne Lallement – 19 juillet 2018 –

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réflexions…Interrogations…

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Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Les événements de notre vie nous font réagir…ou non. Nos critiques fusent plus rapides et plus vigoureuses que ne le font nos louanges ou plus simplement nos satisfecit. Et que dire de nos réactions en actes trop souvent inexistantes?

Jeudi 21 juin 2018. Je tombe d’une échelle. Direction les urgences du Centre Hospitalier Universitaire de La Martinique. Plus précisément, l’hôpital Zobda-Quitman. Le service est flambant neuf dans une aile récemment construite.

Quelques rares personnes attendent dans le hall de réception. Une affiche annonce que « Suite à l’absence de personnel de RADIOLOGIE, seul les examens en urgences seront réalisés. ». Déjà il m’est demandé de remplir le document d’admission, puis mon nom est appelé dans la foulée pour pénétrer dans « le soin des soins ». Trois personnes attendent. Elles seront absorbées par le service, le temps qu’un aimable aide-soignant ou infirmier me prenne tension et température, puis palpe ma cuisse contusionnée dans la chute. Aussitôt fait, je suis dirigé vers la radiologie ou je stagne, seul, à peine dix minutes. Dans mon cheminement, je croise une banderole proclamant la grève d’une partie du personnel de ce service. De retour dans la salle d’admission que déjà une interne m’emmène dans un bureau pour me parler de mon état après lecture des clichés. Elle invite son « patron » à confirmer son diagnostic. Il lâche un laconique : « ça a pété ! » – il parle de mon trapèze – et demande à ce que je sois dirigé vers le service « SOS Mains ».

Même enceinte. Autre monde. Situé dans l’ancien bâtiment… le délabrement du lieu interpelle. Le service affiche sur sa porte ses honorables classements depuis des années attribués par le magasine « Le Point ». Cela rassure.

Une personne mordue par un chien à la main me double sur la ligne d’arrivée chronologique. Pour la première fois depuis mon arrivée, il m’est demandé de patienter. Je le fais de bonne-grâce pendant une petite heure. Puis vient mon tour. Trois personnes, des plus aimables, s’occupent de moi et l’une d’entre elles demande, par téléphone, une confirmation des soins à apporter à mon vieil os brisé. L’intervention la plus longue fut l’extraction de mon alliance de mon doigt gonflé. Deux d’entre mes soignantes se souviennent d’une technique employée par des collègues absents. Et voilà que chacune, l’une après l’autre, me spirale un lien de sac poubelle autour de l’annulaire, enchevêtre et mon doigt et mon alliance et tire sur le lien qui ne cède en rien. L’une d’elle sort d’un sac stérile une respectable pince que l’on penserait plutôt trouver dans une trousse de plombier plutôt qu’ici… Heureusement, elle renonce à son entreprise de cisaillement et préfère opter pour un bidon de savon liquide. Et c’est aux cris répétés de parturition proche de la délivrance – « ça vient ! ça vient ! » – que la saponine onction me délivre enfin du lien conjugal ! J’étais à un doigt de sortir de l’hôpital plus amoché qu’à l’entrée. Une inqiétude amusée quelquefois, mais le tout s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur.

Avant de quitter l’enceinte hospitalière, j’hasarde une question auprès d’un membre du personnel : « J’avais été admis aux urgences, il y a un peu plus d’un an et à cette époque le service était saturé. Pour une admission à vingt heures trente, j’avais quitté le service à plus de quatre heures, le lendemain matin… pour un simple saignement de nez ! »… La réponse me stupéfie : « C’est toujours aussi saturé, mais aujourd’hui, il y a match ! ». Mon interlocuteur ne semble pas plaisanter. En effet, mon admission a été effectuée pendant le match de poule éliminatoire de la Coupe du Monde de Football : l’équipe de France affrontait le Pérou !

Première interrogation : comment un simple match de foot peut désengorger un service d’urgence ? L’activité des humains suspend son vol. Plus d’accidents domestiques ? Plus d’accidents du travail ? Les bobos peuvent attendre : « Y-a pas l’feu ! ».  Les accidents peuvent-ils être « à effets retardés » ? Je me pose la question: la solution aux problèmes des services d’urgence n’est-il pas plutôt chez les patients qu’au sein de l’hôpital ?

Deuxième interrogation : Il m’a été prescrit 80 gélules de paracétamol et 32 gélules de paracétamol  renforcées de codéine ,  » si la douleur devenait insupportable!« . Quel est, désormais, l’attitude des « occidentaux » face à la douleur ? Il faut bannir la douleur. A tout prix. A tout coût de médicament. L’être humain naît avec un capital de résistance face à la douleur. Enrayer la douleur dès son apparition, avant même son apparition, ne nous rend-il pas plus fragile ? Moins résistant ? Celui qui détient la clef de notre douleur ne sera-t-il pas, demain, notre maître ?

Certains craignent les pays « pauvres » et les flux migratoires. Ceux-ci nous sont déjà supérieurs par leur résistance à la misère, à la guerre, aux épreuves de toutes sortes…à la souffrance. Ces peuples ont gagné leurs « résistances » dans des combats quotidiens. Que pesons-nous, nous élevés dans une civilisation « anesthésiante » repoussant par des artifices et des chimies, nos  maux devenus insupportables. Même les plus modestes!  Nous sommes devenus la nouvelle « race » des esclaves : les plus résistants deviendront les maîtres. Deviendront nos maîtres. Notre défense est la grogne, la vindicte et le transfert de nos propres responsabilités, dernières armes de pseudo-révolutionnaires refoulés.

Choisissons nous réellement nos chaînes? Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Ne sous-estimons rien des moindres aléas de la vie. Un petit os brisé…

Etienne Lallement –  12 juillet 2018

photo: mémorial de l' »Anse Caffard » – Le Diamant – la Martinique

Sa vie fut belle

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Je ne l’aurai pas acheté. Il m’a été offert. J’y ai puisé un plaisir certain. L’auteur « mondain » et parfois « demi-mondain » sacrifiait au culte de la culture jusque l’excès.      Jean d’Ormesson agace certains – et même beaucoup – sans doute par une primesautière aisance verbale gavée de connaissances. Jean d’Ormesson ne sait pas. Il connaît. Il pousse à l’extrême sa feinte fausse modestie qui humilie ceux qui babillent un « cultirissime » savoir, mais excite son complice, le folliculaire en panne de paillettes. Il aime ça, le bougre ! Tendre humour vache !

Jean a fait du « d’Ormesson » toute sa vie, sans le savoir, sauf, peut-être, les dernières années où il « sur-jouait » son rôle. Pour les attardés de la télé-réalité – triste réalité – et les académiciens ou savants « cultivés », parmi ceux qui connaissent – les plus nombreux – et ceux qui savent – les plus humbles – les feux des médias incendient plus qu’ils n’éclairent.

Presque 400 pages d’introduction historique pour, enfin, attaquer le vif du sujet : « …du destin des hommes, de leurs passions, de leur éternel désir, de leurs folies et des règles qu’ils s’imposent pour tenter de vivre ensemble». (page 384)

Pour narrer l’histoire de sa propre vie et introduire « la Vie » il égrène 1 198 noms d’illustres ou discrets personnages qui l’ont marqué au cœur et à l’esprit. Il égrène 467 lieux qu’il fréquenta par la vie, par l’étude, par le rêve. Il porte témoignages pour celles et ceux qui forgèrent ce qu’il est devenu. Il se reconnait « des maîtres » et leur rend hommage : les Hommes les plus illustres sont les fruits de découvreurs. D’Initiateurs. C’est un témoignage d’Histoire vécue sur la scène, côté cours, côté jardin, ou sous les feux de la rampe. Acteur, il fût. Visions non objectives sans doute mais re-visionnées, dans cette dernière révérence, par le petit bout de la lorgnette. Attention, les chapitres sont longs et difficiles à scinder. Tout en lisant. Il faut au lecteur savoir suspendre sa lecture sinon la lassitude ou, pire, la somnolence le guette.

Un juge « sur-moi » bricolé renvoie Jean face à Jean. Monsieur se flagelle, fier de son humilité et de son humble outrecuidance envers lui-même comme envers les autres. Mais, je reste persuadé que l’homme « d’Ormesson » est honnête. Il se pique de tout et de rien – ou presque – et « c’est là son moindre défaut ».

Etienne Lallement [6 juillet 2018]

« Je dirai malgré tout que cette vie fût belle »         496 pages, 140 x 205 mm

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 01-01-2016

Genre : Mémoires et autobiographies Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Mémoires et autobiographies
Époque : XXe-XXIe siècle
ISBN : 9782070178292 – Gencode : 9782070178292 – Code distributeur : A17829

« L’esclave vieil homme et le molosse »

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« […] Une histoire à grands sillons d’histoires variantes, en chant de langue créole, en jeu de langue française et de parlures rêvées*. […] », en prose-poésie où à la suite de « l’esclave vieil homme », nous pénétrons dans la sauvage nature primitive caribéenne et dans le jardin secret de l’Homme intemporel.

Bien qu’il me faille trois lectures – j’avais fait la même remarque pour Aimé Césaire, poète – je suis sous le charme de la littérature aux racines créoles. Littérature symphonique.

Trois lectures. Une pour écouter la musique du tracé. Une autre, avec un dictionnaire, pour décrypter la partition. Une dernière, enfin, pour jouir d’un trésor des « isles à sucre* ».

Livre haletant en immersion botanique où la végétation-rhizome est chaînes de l’esclave en rupture de racine-servitude. Le molosse, « le monstre* », le démon-canin, l’esclave-chien vaincra-t-il la soif de liberté du « vieux-nègre sans histoire* ? ». Je le saurai dans 17 pages !

Etienne Lallement

*Patrick Chamoiseau – « L’esclave vieil homme et le molosse » – Folio – 4ème de couverture (extrait).

L’esclave vieil homme et le molosse

 

A Jean-Philippe Thoze

 

 

Une ouvrière de Jean-Philippe Thoze

Jardin de Balata –

A Jean-Philippe Thoze.

Tu as coulé des lacs agités de couleurs sur la pente des mornes,

Brossé de vivantes ondulations

Comme autant de vagues pour rejoindre la mer,

Et s’y fondre.

Comme autant de sursauts pour rejoindre le ciel,

Et s’y fondre.

S’y confondre et s’y distinguer.

Tu as creusé le ciel du jardin de tes rêves

Tu travaillais pour le ciel,

Aidais le doigt du créateur à parachever son œuvre.

Tu as porté ici-bas la table de nature, ici-bas la table, l’autel des résurrections.

Que les cyclones s’écartent de ta terre tombale !

A peine expires tu que déjà tu Respires

Tu deviens, par-delà l’au-delà, l’esprit gardien des jardins de ta cathédrale.

La nature exhalera l’encens de ses dévotions vers toi qui l’a tant aimée,

Tant adorée.

Alors que nous pleurons, le chant crépusculaire des hamadryades célèbre par son souffle ta venue.

Elles écarteront les chérubins et leur épée,

Ouvriront pour toi, en grand, les portes d’Eden.

Là-haut, un travail à ta mesure et tes rêves t’attend.

De tes doigts,

Ici-bas, fais couler sur la pente des mornes un peu des essences éternelles

Qui désormais se plient à ta loi.

 

Le Paradis est une œuvre inachevée : pour toi, le travail est éternel.


Etienne Lallement

5 décembre 2017


Mer meurtrière, mer nourricière…

La deuxième plage du monde... par la longueur, mais certainement la plus meurtrière.

La deuxième plage du monde… par la longueur, mais certainement la plus meurtrière.

Le titre de deuxième plage du monde après Copacabana peut faire rêver. mais la réalité est bien différente. Des dizaines de milliers de personnes y déferlent chaque jour attirées par la fraîcheur de l’eau et de la relative sensation de liberté qu’engendre les espaces marins.  Le sable cuit la plante des pieds. Sa température au mois de mai, le mois le plus chaud de l’année, dépasse les 50 degrés centigrades.

Alors l’attrait de l’eau est irrésistible, Mais c’est un leurre dangereux, parfois mortel. Un panneau, planté sur le front de mer, rappelle qu’en 2007, plus de 4 personnes par jour sont mortes en cédant aux chants des sirènes.

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La terrible sommation semble bien souvent ignorée par la jeunesse de Chennai.

Entrer dans l’eau, c’est déjà subir un énorme choc thermique. La pression culturelle, les traditions et la rigueur de la morale obligent à se baigner habillé. Les habits gorgés d’eau entraînent au large et par le fond.

Les habits gorgés d'eau deviennent un lest parfois mortel.

Les habits gorgés d’eau deviennent un lest parfois mortel.

Une partie du front de mer, à l’écart des résidences huppées et des bâtiments officiels, est occupée par la faune des pêcheurs tirant de maigres pitances d’un carnassier golfe du Bengale.  Ici, pas de pêche miraculeuse malgré la proximité de la tombe de l’apôtre Thomas. C’est en risquant leur vie qu’ils survivent au quotidien.

 

 

 

Religions…

Les admirateurs de Gandhi se font photographier près de son buste dans l'entrée de la maison.

Les admirateurs de Gandhi se font photographier près de son buste dans l’entrée de la maison.

Je citais dans un article précédent les paroles de Vivekananda sur l’acceptation de toutes les religions. Le Mahatma Gandhi va lui même encore plus loin dans ses propos tenus face à ses confrères des « International Fellowships of Reconciliation » en 1928.

§§§

« Après une longue étude et une longue expérience, je suis venu à la conclusion qu 

1°) toutes les religions sont vraies

2°) toutes les religions ont en elles quelque erreur

3°) […] Ma vénération pour d’autres fois est la même que pour ma propre foi. […] L’objet des Fellowships doit être d’aider un Hindou à devenir un meilleur Hindou, un Musulman de devenir un meilleur Musulman, un Chrétien de devenir un meilleur Chrétien. ».

Non seulement, les « grandes » religions. Interrogé sur l’animisme, il répondit:« […] je ne puis sentir qu’il me soit inférieur ». […]Une fourmi peut-elle désirer que sa propre connaissance et expérience soient accordées à l’éléphant? et vice et versa?… Priez plutôt que Dieu donne à votre ami la plus pleine lumière et connaissance, non pas nécessairement celles qu’Il vous a données.

§§§

Propos rapportés par Romain Rolland dans : « La vie de Vivekananda et l’évangile universel » – Stock –

Ci dessous : Maison où résida le Mahatma Gandhi de 1917 à 1934 à Bombay (actuelle Mumbai)