la Voix des Morts, la fabrique des fantômes…

photo : rhododendron lapon

L’intelligence artificielle dans le deuil: un débat pour le temps présent.

Les esprits machiavéliques ont de l’imagination. Certains d’entre eux ont imaginé – et réalisé – faire parler les morts grâce à l’intelligence artificielle!

Désormais le principe parait simple.

Il suffit de quelques enregistrements vocaux de la personne considérée. La fée électronique passe à la moulinette – de sa baguette électro-magique – la tessiture, les accents, les inflexions et autres caractéristiques de la voix. De même, à partir des souvenirs de l’entourage, des écrits, des profils psychologiques et médicaux, mais aussi à partir de documents privés ou officiels, il est aisé de dégrossir et même affiner un « profil » du défunt presque aussi vrai que nature qui pourra « répondre avec discernement« (?) aux questions posées ou participer à des échanges. Nous n’en sommes plus à la simple imitation de la voix, mais de la reconstitution de personnalité.

De profondis!

Ainsi nous pouvons dialoguer avec nos morts, les locataires d’outre-tombe.

de cujus successione agitur* !

Dans des mains mal intentionnées – nous savons quelles sont légions – ces discours faussement certifiés « ante-mortem » pourrons semer parmi les vivants, désordres, querelles, désespoir et illusions. Que dire de ceux qui s’habitueront à survivre – par ce subterfuge – avec « le cher disparu ».

Et que dire des émotions! Les émotions contrôlées sont de terribles armes dans les mains des aigrefins et des tyrans!

Au minimum, semer le doute, la suspicion gangrène l’esprit des vivants.

Cela n’est pas une fiction: déjà en Chine

Ce procédé est déjà en application en Chine et ne coûte que 2 000 euros; moins cher que le moindre monument funéraire. « Mais cette technologie va plus loin que de simples conversations. Désormais, les défunts peuvent même « participer » à leurs propres funérailles, en dirigeant la cérémonie funéraire et en parlant directement aux participants.« . (voir lien sous la signature).

A quand la modélisation du défunt en robot? Peut-être existe-t-elle déjà?

Les notions de bien et de mal nous sont imposées depuis bien longtemps.

Existe-t-il une éthique pour le temps présent? Je me pose souvent la question. J’ai eu l’occasion d’échanger avec le professeur Pierre Joliot en 2001, alors qu’il quittait la présidence du Comité d’éthique du CNRS. Nous avions terminé notre échange en donnant une définition du mot « éthique »:

« L’ensemble des lois naturelles qui permettraient aux humains réconciliés avec la nature de vivre en bonne harmonie. ».

Utopie ? ou vision à très, très, très… long terme!

Existera-t-il une éthique pour le temps futur?

Quels seront « les critères de l’éthique » dans les siècles à venir?

Ces apprentis sorciers sont devenus fous! Ou alors c’est moi…

Ha! J’oubliais : et « le mort » dans tout ça?

Etienne Lallement – le 15 septembre 2024

Pour en savoir plus :

https://www.obseques-infos.com/actualites/lintelligence-artificielle-revolutionne-le-deuil-e

* »de cujus successione agitur« : Personne dont la succession est ouverte

Béa s’en est allée…

Béa s’en est allée. Jusqu’au bout, elle a résisté à l’ultime appel, freiné de toutes ses forces à l’attraction des vibrations initiatrices.

21 mois de résistance, 658 jours d’une mortelle randonnée, de préparation à l’exploration de ciels inconnus, d’une ultime course sans lendemain. Trail cruel!

Il nous faut attendre encore pour savoir, pour connaître ce que désormais Béa sait, Béa connaît.

Les témoignages, à foison, nous prouvent qu’elle a creusé sa trace d’une marque indélébile.

Verra-t-elle la moisson portée par les graines qu’elle a semées?

Nous, « les survivants en sursis », pourrons témoigner d’une infime partie de la récolte.

TEMOIGNAGES: prises de paroles lors de la cérémonie des funérailles

  • Youssef, le conjoint de notre fille Alexandra,

« Dans ce genre de situation je prends très rarement la parole. Ma femme vous le confirmera…  Mais là, j’ai pris mon courage à deux mains.  Beatrice…!! Pardon « Mamoune ». Comme beaucoup le savent, je ne l’ai jamais tutoyée, sauf par maladresses de ma part.…😅 J’ai mis 10 ans pour l’appeler par son prénom puis par le surnom que ma femme lui a donné « Mamoune », car vraiment, je l’ai considérée comme ma mère avec un profond respect. Elle laisse un grand vide ; j’ai énormément de bon moment, surtout nos soirées, en duo, frites-hamburgers en regardant la ligue des champions ; j’en profitais pour lui raconter toutes les injustice que je subissais ; pour moi c’était une banalité, mais tous de suite elle prenait ma défense ! Cela me touchait énormément ! Pour ma part, ce qui la représente le mieux d’Inde en Martinique ? Elle a toujours aidé son prochain, elle se battait pour les causes justes, une femme forte, sociable ! Franchement, j’ai pas vue une personne qui n’aimait pas « Mamoune», c’était une battante ! Même dans la maladie du début jusqu’à la fin, elle n’a jamais rien lâché en faisant passer les envies des autres avant les siennes.

Suite à cet évènement triste, il y a des personnes qui vont vivre cette tragédie différemment, certaines vont beaucoup pleurer, d’autre ne vont pas parler et d’autres vont faire comme si ça allait, mais une chose est sûre, il y aura une part de tristesse en chacun de nous. Vous savez, dans la vie il y a des événements qu’on préférerait qu’ils n’aient pas lieu, mais on ne choisit pas, dans ces moments-là, tu fais ce que tu peux et tu avances ! Malgré tout. Elle aurait voulu qu’on se batte, qu’on lève la tête, qu’on soit fort et qu’on continue d’avancer, pour ce que l’on croit être le mieux pour nous et nos proches, que l’on soit solidaire et que nous profitions de chaque instant, qu’on continue à blaguer, rire, faire de bon repas… Je t’aime Béatrice Lallement Coste alias « Mamoune » repose en paix. Une dernière chose en dernier hommage, je vous demanderai quelques applaudissements pour tous ce qu’elle a accompli s’il vous plaît. ».

  • Alexandra, notre fille,

MAMAN !

Maman,

Dieu a rappelé à lui, un pilier de ma vie et une partie de mon cœur.

Tu étais comme un ange parmi nous, souvent surnommée « Tata Béa » par bon nombre ne faisant pas partie de notre famille. Tu semais tout autour de toi de l’amour et de la bienveillance.

Et cet amour indéfectible, on le reçoit encore chaque jour à travers tous les témoignages d’affection. Tu avais en toi une force de caractère qui en surprenait plus d’un car, malgré ta petite taille, ton aura nous captivait.

Ton sourire, notre complicité, nos soirées film et larmes de crocodile me manqueront.

Tu nous laisses, tes enfants et tes petits-enfants, avec un grand vide, mais sache que tu as accompli ta mission. Tu nous as rendus forts, généreux, pleins de convictions, d’amour et nous continuerons à transmettre cela à tes petits enfants pour qu’ils n’oublient jamais les valeurs de notre famille.

Repose en paix, je m’occupe de papa.

Ce texte est éphémère, mais notre amour est immortel.

Nini, poussin, chaton.

  • Etienne, yang de Béatrice,

Réjouissons-nous!

Réjouissons-nous, enfants, petits-enfants, frères, sœurs, amis…

Réjouissons-nous d’avoir, un jour, croisé sur notre chemin, pour quelques instants ou pour longtemps celle que nous pleurons aujourd’hui: Béatrice, Béa…

Réjouis-toi Mamie Lulu d’avoir conçu, porté et amené à la vie une enfant comme Béatrice.

Alors, que faisons-nous aujourd’hui dans une église?

Si en face de notre maison, il y avait eu une mosquée, nous serions en train de psalmodier « Allah Akbar ». Si à cet endroit s’élevait un temple Hindou, nous invoquerions « Shiva », un dojo? nous y méditerions, une synagogue ? nous invoquerions « Adonaï ».

Nous sommes ici parce que nous cherchons, nous sommes à la queste de l’invisible, de l’inconnu, de ce qui nous dépasse pour répondre à la question universelle: que faisons-nous sur cette terre?

Cette vie vaut elle la peins d’être vécue?

Aucun édifice religieux ne porte la réponse: la réponse est au coeur des êtres, mais nul ne détient la vérité parfaite, nul n’est dans l’erreur absolue.

J’ai eu la chance d’approcher cette lumière.

Cette lumière, je l’ai cueillie aux lèvres de Béatrice, au plus profond du coeur de Béatrice, dans la fusion de nos esprits, dans la communion de nos âmes.

Cette lumière brillera en moi et, j’en suis persuadé, en vous, encore et encore…Elle gravera en nos coeurs, en nos esprits, en nos âmes, une marque indélébile.

Pour Béa, le bandeau tombe. Désormais, elle sait. Elle connait!

Souvenons-nous du sourire de Béa! Que son esprit nous guide, que son âme effleure nos âmes.

Alors en ce jour, par delà nos croyances ou nos refus de croire, par delà nos rites, par delà nos dieux, par delà nos différences, unissons nous dans une prière universelle.

Avant que Béatrice ne soit emportée par les « Charitables de Saint Eloi » de La Buissière, j’ai tapé 3 coups de maillet sur le cercueil en disant:

« Que désormais, « BEATRICE » puisse nous aider,
par l’exemple de ce qu’Elle a été,
par ce qu’Elle est désormais,
nous aider à faire tomber de nos yeux, le bandeau des préjugés.
qu’Elle aide chacun d’entre nous , a être en permanence
en disponibilité d’esprit et en réceptivité spirituelle
AMEN! »

Maîtres de Cérémonie : https://www.le-choix-funeraire.com/nous-contacter

R-éveil au seuil du sépulcre

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Une formule dit: « Cherche et tu trouveras« . Il est quelquefois inutile de chercher. Les êtres et les choses viennent à nous. J’avais envisagé de quitter le flux des œuvres de Patrick Chamoiseau pour retourner vers les mots de Césaire ou quelque autre antillais laissés en suspend… Mais, le hasard qui n’existe pas en a décidé tout autrement.

Je pénétrais dans une officine qui s’est parée du titre d’« Ananda, l’oasis de la connaissance« . Ananda fleure bon l’Inde et me réveille une tralée de souvenirs. « Sat, Chit, Ananda. »

Entre une méthode Yoga et l’art de la conjuration par je ne sais quels grigris, onguents ou invocations, trônait une pile de « Chamoiseau ». Je complétai mes achats. Je retournai un exemplaire gansé de vermillon et la lecture de la « quatrième » écarta la promesse que je n’avais faite qu’à moi-même.

Une semaine suffit à infuser l’oeuvre. le magasin vend des encens et chaque page imprégnée exhale des fragrances orientales et sacrées. Une odeur de célébration parfume la lecture d’un opus consacré à la mort.

Pas de tragique. Par de larmoiement. Les effluves de la mémoire. Les phéromones du passé. Émotions du présent avec un rien de détachement.

Autour de Man Ninotte que le souffle a quitté, la vie d’une famille, la vie, l’histoire, les histoires d’un peuple. Tous se dévoilent dans leurs grandeurs et leurs faiblesses. Catharsis fleurissant en oeuvre littéraire. Maïeutique dé-livrant l’orphelin. Ceci n’est pas une fiction. Un auteur « fait » son deuil de sa « manman ». Humain.

Quel cadeau pour moi qui vis en Martinique depuis plus de trois ans et ne veux être assimilé mais vivre comme un poisson en mer créole. Livre important pour qui veut toucher l’art du vivre caribéen en ses racines, ses enchevêtrements « rhizomiques ».

Mes lectures font naître souvent des musiques en fond d’écran de mon imagination. A la lecture de « La matière de l’absence« , j’entendais la Symphonie Pastorale de Beethoven. Je ne veux savoir pourquoi. Elle s’interrompait de quelques mesures que déjà dans la béance du silence s’infiltrait la trompette de Miles Davis. Je sais pourquoi.

Etienne Lallement – 27 mars 2018