La fièvre des palmacées

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Georges Pastel

Nous étions une bonne vingtaine. A l’invitation de Pascale, nous sommes partis dans les hauteurs de Rivière-Pilote en Martinique, à la découverte d’un magnifique jardin consacré exclusivement, ou presque, aux palmiers. Nous sommes accueillis à la porte du temple par le grand-prêtre des lieux, Georges Pastel qui voue une bonne et ultime partie de sa vie à la recherche, l’étude, la culture et « l’élévation » des fruits de sa passion.  « Temple » et « grand-prêtre » ne sont pas excessifs pour cette cathédrale de stipes. L’œuvre s’élève en gammes subtiles. Elle tresse ses houppiers, pennes ou palmes, en divergences et convergences en une canopée tantôt romane, gothique, ou byzantine.  Nos voix s’unissent aux voix célestes qui, en notre absence, règnent ici en maître loin des tumultes. Notre chœur   porte les louanges à cette nature méconnue et à son célébrant en son Naos.

La voix douce de Georges impose le silence et distyle sur le parcours ses prières « latines ». L’homme parle de sa passion. Il ne les nomme qu’en nobles noms savants. La langue de Cicéron évite du vulgaire, les confusions. Plus de 350 espèces en son jardin. Rarement la mémoire fait défaut à cet « arécaïnomane ». Il se définit lui-même en « addict », en drogué des palmiers. Passion dévorante. Amour.

Des noms s’échappent et passent. Des noms nous interpellent : Cocos, Copernicae, Corypha, Latania, Phoenix, Raphia… Les résidents viennent du monde intertropical et notre esprit voyage dans le sillon des paroles de l’homme de palmes.

A rencontrer, à communier…à communiquer!

Visite du 19 août 2018

Etienne Lallement

Domaine de « La Palmas »

Palmiers de Collection et de Décoration

Concorde

97211 Rivière-Pilote

La Martinique

0596 62 61 44

georgespastel@gmail.com

Sa vie fut belle

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Je ne l’aurai pas acheté. Il m’a été offert. J’y ai puisé un plaisir certain. L’auteur « mondain » et parfois « demi-mondain » sacrifiait au culte de la culture jusque l’excès.      Jean d’Ormesson agace certains – et même beaucoup – sans doute par une primesautière aisance verbale gavée de connaissances. Jean d’Ormesson ne sait pas. Il connaît. Il pousse à l’extrême sa feinte fausse modestie qui humilie ceux qui babillent un « cultirissime » savoir, mais excite son complice, le folliculaire en panne de paillettes. Il aime ça, le bougre ! Tendre humour vache !

Jean a fait du « d’Ormesson » toute sa vie, sans le savoir, sauf, peut-être, les dernières années où il « sur-jouait » son rôle. Pour les attardés de la télé-réalité – triste réalité – et les académiciens ou savants « cultivés », parmi ceux qui connaissent – les plus nombreux – et ceux qui savent – les plus humbles – les feux des médias incendient plus qu’ils n’éclairent.

Presque 400 pages d’introduction historique pour, enfin, attaquer le vif du sujet : « …du destin des hommes, de leurs passions, de leur éternel désir, de leurs folies et des règles qu’ils s’imposent pour tenter de vivre ensemble». (page 384)

Pour narrer l’histoire de sa propre vie et introduire « la Vie » il égrène 1 198 noms d’illustres ou discrets personnages qui l’ont marqué au cœur et à l’esprit. Il égrène 467 lieux qu’il fréquenta par la vie, par l’étude, par le rêve. Il porte témoignages pour celles et ceux qui forgèrent ce qu’il est devenu. Il se reconnait « des maîtres » et leur rend hommage : les Hommes les plus illustres sont les fruits de découvreurs. D’Initiateurs. C’est un témoignage d’Histoire vécue sur la scène, côté cours, côté jardin, ou sous les feux de la rampe. Acteur, il fût. Visions non objectives sans doute mais re-visionnées, dans cette dernière révérence, par le petit bout de la lorgnette. Attention, les chapitres sont longs et difficiles à scinder. Tout en lisant. Il faut au lecteur savoir suspendre sa lecture sinon la lassitude ou, pire, la somnolence le guette.

Un juge « sur-moi » bricolé renvoie Jean face à Jean. Monsieur se flagelle, fier de son humilité et de son humble outrecuidance envers lui-même comme envers les autres. Mais, je reste persuadé que l’homme « d’Ormesson » est honnête. Il se pique de tout et de rien – ou presque – et « c’est là son moindre défaut ».

Etienne Lallement [6 juillet 2018]

« Je dirai malgré tout que cette vie fût belle »         496 pages, 140 x 205 mm

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 01-01-2016

Genre : Mémoires et autobiographies Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Mémoires et autobiographies
Époque : XXe-XXIe siècle
ISBN : 9782070178292 – Gencode : 9782070178292 – Code distributeur : A17829

— « Into the wild » — Jon Krakauer

 

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L’être humain est un animal étrange déchiré entre ce qu’il est, ce qu’il aurait voulu être, ce qu’il rêve de devenir qui se confond, souvent, avec ce qu’il désire posséder. Et puis, au détour d’un chemin, apparaît « le rêveur éveillé », celui que l’on jalouse en le traitant de fou. Celui qui fait rêver. Mais jamais, au grand jamais nous ne mettrons nos pas dans les siens. Les vérités font si peur que l’on s’abstient de les poursuivre, laissant à l’autre la périlleuse mission d’aller où nous ne voulons pas même jeter un œil. « D’ailleurs, qu’il garde ses secrets! Nous n’en voulons pas!« . Son calvaire nous rassure. La peur du « vrai » fige un monde qui se laisse dériver.

Ici Christopher Johnson McCandless veut confondre le rêve et la réalité. Ici l’homme qui marche et un homme en marche. Seul. Seul face à lui même. Il ne fuit pas le monde. Le monde marche avec lui. Il veut franchir « la dernière frontière« . Celle qui le sépare d’avec lui-même.

Sa mort rassure le lecteur. Il part avec ses possibles secrets.

Etienne Lallement

« Into the wild » – Jon Krakauer  – éditions Presse de la Cité – Collection 10/18 – malgré le titre, le texte est traduit en français.

Collection 10-18

Wikipedia – Into the wild

 

 

« L’esclave vieil homme et le molosse »

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« […] Une histoire à grands sillons d’histoires variantes, en chant de langue créole, en jeu de langue française et de parlures rêvées*. […] », en prose-poésie où à la suite de « l’esclave vieil homme », nous pénétrons dans la sauvage nature primitive caribéenne et dans le jardin secret de l’Homme intemporel.

Bien qu’il me faille trois lectures – j’avais fait la même remarque pour Aimé Césaire, poète – je suis sous le charme de la littérature aux racines créoles. Littérature symphonique.

Trois lectures. Une pour écouter la musique du tracé. Une autre, avec un dictionnaire, pour décrypter la partition. Une dernière, enfin, pour jouir d’un trésor des « isles à sucre* ».

Livre haletant en immersion botanique où la végétation-rhizome est chaînes de l’esclave en rupture de racine-servitude. Le molosse, « le monstre* », le démon-canin, l’esclave-chien vaincra-t-il la soif de liberté du « vieux-nègre sans histoire* ? ». Je le saurai dans 17 pages !

Etienne Lallement

*Patrick Chamoiseau – « L’esclave vieil homme et le molosse » – Folio – 4ème de couverture (extrait).

L’esclave vieil homme et le molosse

 

A Jean-Philippe Thoze

 

 

Une ouvrière de Jean-Philippe Thoze

Jardin de Balata –

A Jean-Philippe Thoze.

Tu as coulé des lacs agités de couleurs sur la pente des mornes,

Brossé de vivantes ondulations

Comme autant de vagues pour rejoindre la mer,

Et s’y fondre.

Comme autant de sursauts pour rejoindre le ciel,

Et s’y fondre.

S’y confondre et s’y distinguer.

Tu as creusé le ciel du jardin de tes rêves

Tu travaillais pour le ciel,

Aidais le doigt du créateur à parachever son œuvre.

Tu as porté ici-bas la table de nature, ici-bas la table, l’autel des résurrections.

Que les cyclones s’écartent de ta terre tombale !

A peine expires tu que déjà tu Respires

Tu deviens, par-delà l’au-delà, l’esprit gardien des jardins de ta cathédrale.

La nature exhalera l’encens de ses dévotions vers toi qui l’a tant aimée,

Tant adorée.

Alors que nous pleurons, le chant crépusculaire des hamadryades célèbre par son souffle ta venue.

Elles écarteront les chérubins et leur épée,

Ouvriront pour toi, en grand, les portes d’Eden.

Là-haut, un travail à ta mesure et tes rêves t’attend.

De tes doigts,

Ici-bas, fais couler sur la pente des mornes un peu des essences éternelles

Qui désormais se plient à ta loi.

 

Le Paradis est une œuvre inachevée : pour toi, le travail est éternel.


Etienne Lallement

5 décembre 2017


Vœux pour 2017…

            Métissons-nous, l’avenir de la France est dans les îles...         p1040319-001

Les îliens, ou mieux les « Archipéliens » chers à Edouard Glissant, ont gardé en eux ce que les Français du « vieux-continent » et les Européens en général, ont jeté un peu trop vite par-dessus bord. Trop vite.

« Le sens du sacré ».

Bien sûr, ce « sacré » reste, ici en Martinique, gorgé de religiosité avec pompes, rites et superstitions. Traditions.

Mais…

La République Française a séparé l’Etat et l’Eglise. Pour les deux parties, cela est très bien. Indispensable. La politique ne peut dicter sa loi au « spirituel », ni aucune « religion » diriger la politique. Par contre, elles doivent réciproquement s’enrichir des valeurs qui sont les fruits de leur réflexion différenciées. Elles doivent de leurs macérations ériger une « éthique », établir les bornes de la « raison ».  A la politique d’établir la loi. Une politique laïque. Vraiment laïque. Une politique de « respect ».

Le Respect doit être la loi première de tout être humain.  Le respect réciproque de l’humain face à l’humain. Le respect de l’humain face à son environnement. Sans « le respect », l’homme court à sa perte.

Mais voilà, pour beaucoup, avoir « jeté » la religion, c’est aussi avoir jeté la spiritualité et limiter, bien souvent, la réflexion au « tangible ». Je consomme, je possède, donc, je suis.

Le respect, lui aussi, a été jeté aux oubliettes et la « peur du gendarme » nous tient lieu de « morale ». La répression est le garde-fou d’une éducation bancale.

Effet pervers.

La nature humaine ayant horreur du vide, nous voyons s’engouffrer dans cette « béantitude », les religions dans ce qu’elles ont de plus extrême. De plus pervers.

Les religions « manipulées » pour répondre à la peur du vide. Les religions se créent pour répondre à ce mal universel : l’angoisse.

La politique manipulée pour répondre à la peur des vides. Les politiques s’inventent pour répondre à ce mal « vieux-continental » : la peur du lendemain.

Perversion des perversions. Religieux et politiques se retrouvent en une même stratégie et un même but : créer l’angoisse et se présenter comme remède à cette peur existentielle. Prendre le pouvoir par la peur.  Le peuple, nourri depuis longtemps de promesses et de « lendemains qui chantent » a perdu la « foi » en quoique – qui que – ce soit. Privé de vision, chacun se saisit de la main tendue qui attise ses instincts, ses secrets les plus pervers, ses peurs : personne n’y échappe. Vous, moi allons vers la solution qui guérit l’émotion. L’émotion étouffe l’« Idéal ». L’émotion à répétition détruit l’éducation qui, elle, bâtit sur le long-terme.

La machine s’est emballée. Désormais, les apprentis-sorciers ne peuvent plus maîtriser leur « création ». Leurs partisans, leurs fidèles veulent du concret, de « l’immédiat ». Le colmatage, au jour le jour, tient lieu de réponses. Qui crie le plus fort, a le plus de poids, obtient gain de cause. Les voix les plus discrètes sont vite étouffées. Et pourtant…

Faudra-t-il qu’un magicien apparaisse demain pour stopper cette ronde folle ? Cette ronde apparemment sans fin ? Faudra-t-il un nouveau « culte » ? La chute de notre civilisation, la table rase de notre « être », est-elle la solution ? La fin d’un monde ? La fin du Monde ?

Alors que faire ?

Toutes les civilisations qui ont disparu portaient en germe les « qualités » dont se nourrissent, en arrière plan, les civilisations existantes qui les ignorent ou veulent les ignorer. C’est-à-dire que des ruines de notre existence, germeront les valeurs à venir. Alors pourquoi ne pas explorer le « présent » ? Il ne suffit pas de s’indigner, de se révolter sur les « réseaux sociaux » comme, naguère, « on » l’a fait souvent au bistrot du coin. Il nous faudra « oser », savoir se révolter, savoir dire « non ». Nous sommes responsables de la situation qui est la nôtre. Nous ne votons plus ou si nous votons c’est pour déléguer à « autrui » la responsabilité de nos incompétences, de nos indifférences. Nous récoltons les fruits de nos semailles ou de nos jachères.

Alors pourquoi « métissons-nous » ?

Nous avons, par-delà les océans, la chance de partager des cultures, des richesses, des « états d’esprit » différents qui nous permettent de partager « ce-que-nous-sommes » et de pouvoir créer ensemble dans le respect de nos différences. Le pouvoir de cette « relation » est immense et nous permettent d’inventer « l’improbable ». Se métisser, ce n’est pas se renier, ni se soumettre. C’est créer du « sang-neuf » d’une union fraternelle de trésors réciproques à préserver. A respecter.

Ce métissage, à terme, sera le lot de l’Humanité tout entière.

Les peuples devront savoir dépasser leurs propres rites, leurs propres traditions sans les renier. Passer du « mien » au « nôtre » et du « nôtre » à l’universel.  Abandonner les sempiternelles « on-a-toujours-fait-comme-ça » pour des « nous-allons-bâtir-ensembles ». Le « Progrès » de l’Humanité est à ce prix.

Ah ! J’oubliais : Heureuse Année ! Bonheur dans nos têtes et dans nos corps ! Notre bonne année et notre bonne santé ne se feront pas sans efforts. Alors, bon courage!

Il est plus important de travailler que d’espérer. Alors,

Osons !

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Je retournerai à Absalon

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J’y suis presque par hasard, sans idée préconçue. Je cherche une union avec une nature explosive. Chancelant dans les pas de Marc, usant des racines aux entrelacs rhizomiques glissants et aériens sorties de l’humus détrempé comme autant d’étapes de mes pas incertains, je progresse, je grimpe et dévale parmi les géants. Dix fois je tombe et me relève. mes yeux se lèvent plus qu’ils ne se baissent au détriment de mon équilibre. Je néglige mes pas.

Je ne sais pas que des ombres nous entourent. La folle végétation échappée du chaos primordial, garde en elle, telles des hamadryades, l’esprit de Césaire, l’esprit de Breton, l’esprit de Lam qui, un jour diluvien de 1941, laissèrent leur trace, s’imbibèrent des ombres, des pluies et des lumières de cet Eden ou ne règne la folie que pour le profane aveugle.

J’y retournerai avec quelques lectures dans la tête, quelques livres dans la besace et, pourquoi pas, quelques âmes en réceptivité et amour des ondes sacrées de la sylve caribéenne.

C’est sûr, je retournerai à Absalon.

Etienne Lallement le 22 novembre 2016

Césaire- Lam, Picasso : Poésie et peinture en forêt d’Absalon