Lectures d’été…

photo prise le 3 août 2019 dans le parc de la mairie d’Hellemmes-Lille

Je continue mon exploration de la littérature créole et plus particulièrement de la littérature Martiniquaise. Les coups de coeur succèdent aux coups de coeur. J’ai embrassé mon mois d’août par « Nuée Ardente » de Raphaël Confiant. Le 8 mai 1902, la montagne Pelée qui domine La Martinique explose. La nuée ardente détruit la capitale de l’époque: Saint-Pierre. 30 000 personnes sont tuées. 3 échappent au massacre. A partir de cette catastrophe, Raphaël Confiant nous plonge dans la vie des Pierrotins et des Pierrotines avant la catastrophe. Le style est vif et mordant. Un crescendo haletant. Un roman, certes, mais un portrait de société « au bistouri » sans concession mais avec humour. Avec amour. Raphaël Confiant aime l’équipage de ce navire de pierre dont la voile se déchire et sombre sous la cendre meurtrière.

J’ai poursuivi mes lectures estivales avec cette question troublante : qui a tué « Solibo Magnifique » ? Patrick Chamoiseau ici me déroute. Me titille. Me fait beaucoup rire. Le vocabulaire est toujours aussi riche et la prose est lumineuse. L’humour et le cocasse me fixe sur les pages: j’avale ce roman policier. Ce n’est pas Agatha Christie, ni Edgar Poe, ni Gaston Leroux, ni Conan Doyle…au fil des lignes une idée s’impose. Des lectures d’il y a bien longtemps se superposent aux lignes « Chamoisiennes ». San-Antonio surgit dans le champ du burlesque à la sauce créole. Le plaisir de lire!

« Sagesse d’ailleurs pour vivre aujourd’hui » de Frederika Van Ingen. L’auteure part à la rencontre de personnes qui ont choisi de tout « plaquer » pour s’immerger aux cœurs de peuples non-intoxiqués (pas encore!) par notre « progrès ».Expériences exaltantes de ceux qui ont décidé de vivre autrement. Ces peuples ont tellement à nous apprendre, à nous qui, trop souvent, les considérons avec condescendance quand nous ne les ignorons pas!

« Vivre, Penser, Regarder » de Siri Hustvedt. Curieusement ce livre a échappé à ma valise. Entamé en juillet.. Je vais reprendre mon exploration après avoir relu « en diagonale » les quelques 200 pages déjà lues mais diluées dans ma mémoire. Passionnant malgré une lecture plus ardue…

Type de lecture qui exige isolement, silence et liberté d’esprit.

« L’Inde où j’ai vécu » d’Alexandra David-Néel. Quel émerveillement! J’ai retrouvé l’Inde où j’ai moi-même vécu deux ans. L’Inde est un pays en voie de développement à vitesses variables. L’Inde vit avec le corps dans le futur et la tête dans le passé. Beaucoup des situations vécues par Alexandra David-Néel pourraient encore se vivre à l’identique. Les mentalités de la première moitié du XXème siècle ont peu évolué. Est-ce un bien? Est-ce un mal? L’avenir répondra à la question. Pas moi. L’aventurière est une « journaliste ». Une vrai journaliste croquant, au quotidien, ses aventures, ses rencontres dans un style fluide, agréable et simple. Le plaisir est à chaque page. Un livre de chevet pour allumer des rêves.

Etienne Lallement – 17 septembre 2019 –

Éblouissements!

Narcisse que nous sommes! Nous nous complaisons à ne voir le beau que d’œuvres humaines. Par ses créations l’humanité se rassure autant qu’elle se détruit.

Sachons nous arrêter.

Sachons glisser notre regard vers la nature en ce qu’elle a de discret. D’humble. La création « naturelle » est humble… par nature. N’ a-t-on jamais entendu quelque fleur, quelqu’arbre, quelqu’insecte, réclamer notre attention ou quelques flatteries sur leurs apparences? Réclamer notre admiration à la contemplation de leur miraculeuse existence?

L’humain peut créer des chefs d’oeuvre. La nature est miracles.

La mairie d’Hellemmes respire les effluves d’un jardin extraordinaire. Un monde merveilleux. Merveilleux pour qui sait ralentir le pas, s’arrêter, s’immobiliser, s’accroupir, faire silence, déciller son œil aveuglé par le quotidien, scruter avec un regard neuf …attendre que la nature oublie ou s’accommode de l’intrus que souvent nous sommes.

Cela fait quatre ans que je retourne, en différentes saisons, dans ce jardin ordinaire pour la plupart du commun des mortels. Extraordinaire pour moi.

Ne dites surtout pas : « Heureux Hellemmois! » avec une pointe de jalousie. A quelques pas de chacun d’entre-nous, s’épanouissent de tels miracles avec l’aide, ou pas, de talentueux jardiniers. Les jardiniers sont de savants-artistes de l’éphémère.

Texte et photos – Etienne Lallement 9 septembre 2019 –

Rhum pour le temps présent!

Quelques perles rares de l’Habitation du Simon

« A 1710 »est né! Il fallait oser!

Les rhums ne manquent pas en Martinique! Vouloir « créer » une nouvelle « marque », il y a deux ans, relevait d’une gageure qu’il fallait mettre en oeuvre et mener à son terme. Et désormais, faire prospérer…

A la sortie de la commune du François en direction du Vauclin, peu après « la Petite-France », une « habitation » a ressuscité. L’Habitation du Simon. Le talent et un goût prononcé pour les belles choses se sont penchés sur le berceau de cette renaissance. Désormais, l’entreprise ouvre ses portes un dimanche par mois. La maître de chais révèle quelques secrets. Nos papilles font le reste…

Notre visite du samedi 19 janvier a été un enchantement. L’accueil est chaleureux. Le lieu est magique. Se conjuguent ici, l’ancien et le moderne dans l’apparat. La tradition distille!

A conseiller à tous les touristes, certes, mais aussi à tous les Martiniquais qui découvriront un peu plus leur patrimoine, leurs traditions, leur Art et leur Histoire.

L’Habitation du Simon organise des séjours découverte!

La visite dominicale et la dégustation, une fois par mois, sont gratuites.

Etienne Lallement – 21 janvier 2019

Plus de renseignements sur le site de l’entreprise: A 1710

Sa vie fut belle

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Je ne l’aurai pas acheté. Il m’a été offert. J’y ai puisé un plaisir certain. L’auteur « mondain » et parfois « demi-mondain » sacrifiait au culte de la culture jusque l’excès.      Jean d’Ormesson agace certains – et même beaucoup – sans doute par une primesautière aisance verbale gavée de connaissances. Jean d’Ormesson ne sait pas. Il connaît. Il pousse à l’extrême sa feinte fausse modestie qui humilie ceux qui babillent un « cultirissime » savoir, mais excite son complice, le folliculaire en panne de paillettes. Il aime ça, le bougre ! Tendre humour vache !

Jean a fait du « d’Ormesson » toute sa vie, sans le savoir, sauf, peut-être, les dernières années où il « sur-jouait » son rôle. Pour les attardés de la télé-réalité – triste réalité – et les académiciens ou savants « cultivés », parmi ceux qui connaissent – les plus nombreux – et ceux qui savent – les plus humbles – les feux des médias incendient plus qu’ils n’éclairent.

Presque 400 pages d’introduction historique pour, enfin, attaquer le vif du sujet : « …du destin des hommes, de leurs passions, de leur éternel désir, de leurs folies et des règles qu’ils s’imposent pour tenter de vivre ensemble». (page 384)

Pour narrer l’histoire de sa propre vie et introduire « la Vie » il égrène 1 198 noms d’illustres ou discrets personnages qui l’ont marqué au cœur et à l’esprit. Il égrène 467 lieux qu’il fréquenta par la vie, par l’étude, par le rêve. Il porte témoignages pour celles et ceux qui forgèrent ce qu’il est devenu. Il se reconnait « des maîtres » et leur rend hommage : les Hommes les plus illustres sont les fruits de découvreurs. D’Initiateurs. C’est un témoignage d’Histoire vécue sur la scène, côté cours, côté jardin, ou sous les feux de la rampe. Acteur, il fût. Visions non objectives sans doute mais re-visionnées, dans cette dernière révérence, par le petit bout de la lorgnette. Attention, les chapitres sont longs et difficiles à scinder. Tout en lisant. Il faut au lecteur savoir suspendre sa lecture sinon la lassitude ou, pire, la somnolence le guette.

Un juge « sur-moi » bricolé renvoie Jean face à Jean. Monsieur se flagelle, fier de son humilité et de son humble outrecuidance envers lui-même comme envers les autres. Mais, je reste persuadé que l’homme « d’Ormesson » est honnête. Il se pique de tout et de rien – ou presque – et « c’est là son moindre défaut ».

Etienne Lallement [6 juillet 2018]

« Je dirai malgré tout que cette vie fût belle »         496 pages, 140 x 205 mm

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 01-01-2016

Genre : Mémoires et autobiographies Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Mémoires et autobiographies
Époque : XXe-XXIe siècle
ISBN : 9782070178292 – Gencode : 9782070178292 – Code distributeur : A17829

Le poète et la vie…notre vie?

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Vendredi 6 juillet 2018. Radio Classique. « Passion Classique ». Olivier Bellamy – [pour moi, sans doute, un des meilleurs « intervoyeurs » de radio] – recevait le poète Christian Bobin à l’occasion de la parution de son ouvrage : »Un bruit de balançoire« . Puis, je prêtais attention à l’actualité du jour. Deux mondes. Un poète vit-il au même temps que nous? Que moi? Après tout, qui nous dit que nous vivons les mêmes instants? Sommes nous des bâtisseurs de forteresses individuelles où ne pénètrent que les objets de nos désirs, mais où s’infiltrent nos angoisses et les rescapés puissants de nos censures?

La vie nous impose une trame dès la naissance et nous laisse la liberté de choisir les chaînes qui nous alourdiront jusqu’au tombeau.

Pour Christian Bobin, « la poésie est une réplique lumineuse aux ténèbres« .

Etienne Lallement (6 juillet 2018)

Coups de coeur: Les choix de l’invité, ses « petites madeleines » m’ont permis de redécouvrir le « Requiem » de Gabriel Fauré » et une oeuvre qui m’était totalement inconnue du compositeur Estonien Arvo Pärt, « für Alina » interprétée par Khatia Buniatishvili.

 

 

« L’esclave vieil homme et le molosse »

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« […] Une histoire à grands sillons d’histoires variantes, en chant de langue créole, en jeu de langue française et de parlures rêvées*. […] », en prose-poésie où à la suite de « l’esclave vieil homme », nous pénétrons dans la sauvage nature primitive caribéenne et dans le jardin secret de l’Homme intemporel.

Bien qu’il me faille trois lectures – j’avais fait la même remarque pour Aimé Césaire, poète – je suis sous le charme de la littérature aux racines créoles. Littérature symphonique.

Trois lectures. Une pour écouter la musique du tracé. Une autre, avec un dictionnaire, pour décrypter la partition. Une dernière, enfin, pour jouir d’un trésor des « isles à sucre* ».

Livre haletant en immersion botanique où la végétation-rhizome est chaînes de l’esclave en rupture de racine-servitude. Le molosse, « le monstre* », le démon-canin, l’esclave-chien vaincra-t-il la soif de liberté du « vieux-nègre sans histoire* ? ». Je le saurai dans 17 pages !

Etienne Lallement

*Patrick Chamoiseau – « L’esclave vieil homme et le molosse » – Folio – 4ème de couverture (extrait).

L’esclave vieil homme et le molosse

 

D’Ormesson, Hallyday….

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Angoisse et goutte d’huile !

Que de bruit. La mort fait du bruit ou plutôt le cause.
Dans l’espace de vingt-quatre heures deux hommes cessent de vivre et la vie de beaucoup est bouleversée. Chacun s’exprime, en folliculaire se transforme, pour parler d’êtres qu’il n’a pas connus. En effet, il n’en connait que des images fabriquées dans les chaudrons bouillonnants des médias et jamais tamisées, à quelque niveau que ce soit, d’un quelconque esprit critique. De quelconques propositions divergentes pour ajuster son jugement.

Et même : dans les gardes rapprochées, ami ou ennemi peuvent-il, déjà, être objectifs ?

Mais en fait, le fidèle-adorateur ou l’iconoclaste ne recherche pas la pluralité des opinions. Il lui est servi le film de son rêve, le voile de ses illusions, et il refuse toute atteinte au scénario.

En fait, l’humain fabrique ce qu’il veut croire et s’y accroche comme un naufragé au radeau de la Méduse. Là est le frêle esquif de sa survie, de son espoir. L’être a besoin de certitudes comme autant d’étais à la charpente de ses fragiles convictions. Et gare à celui qui sèmera le doute et l’angoisse.

Il dresse, pour ses besoins, sa vie durant, des autels à des idoles qu’il a lui-même engendrées. Combien de croyants religieux de tout courant, d’incrédules, combien d’anticléricaux, combien d’athées sincères sont devenus « idolâtres » en contradiction de leurs propres affirmations ou négations.

A ces idoles, l’humain transfère son ego. Il vit par procuration. Il cultive son opium. Il rêve sa vie. La vie dont il ne sait pas tirer la quintessence. Personne ne lui a jamais appris, car il fallait faire bien d’autres choses de sa vie.

« Jean d’Ormesson possédait le talent et l’esprit qui me faisait défaut. » n’avoue pas l’un.

« Johnny Hallyday menait la vie de paillettes dont je rêvais et rêve encore. » avoue l’autre des étoiles plein les yeux.

Chacun est dans l’erreur, dans l’erreur commune, de croire que « certains » sont plus indispensables que d’autres.

Le plus humble d’entre nous a une responsabilité majeure dans l’existence, un rôle à « accomplir », une mission à « jouer » tout aussi importante que ceux qui crèvent l’écran. Personne ne nous en persuade. Tous sont dans le doute et la culpabilité refoulée. Convaincre serait humilier.

De temps en temps, une serrure a besoin pour bien fonctionner d’une simple et minuscule goutte d’huile. Sans huile, l’oxydation s’installe et bientôt l’huis le plus lourd est condamné. Qui se soucis de l’huile en regardant la porte s’ouvrir et se fermer.

Sachons, humblement mais fièrement, être des gouttes d’huiles pour permettre l’ouverture en grand et sans grincement des portes dans la vie. Invisibles mais indispensables. Sachons être mille choses encore…

Mais sachons « ETRE ».

Et comme disait Monsieur de La Fontaine trop vite écarté de notre éducation :

« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : 
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
 »

 

…et s’il me faut être goutte d’huile, que je sois efficace dans ma mission : une huile essentielle.

Et que, grâce à nous, s’ouvrent les portes !

Etienne Lallement

8 décembre 2017