Chemine-toi, toi-même…

L’œil était dans la tombe et regardait Sylvain. Mais Sylvain refuse la tombe des morts. Sylvain refuse la tombe des vivants: l’inhumation en terre trop connue. Vivre, revivre hors des chantiers battus, rebattus, trop battus, combattus pour des victoires qui ne seraient, qui ne seront que des Verdun. Des Hiroshima. Des mangeoires à souvenirs et nostalgie. Sans bonheur.

Ici, c’est la narration d’une résurrection-en-pérégrinité par la reconstruction « Sur les chemins noirs » d’une diagonale en « Hex-agonie ». A lire, le chemin parait facile. Qui sait écouter ce qu’il lit, découvre un chemin initiatique qui part de la chute imbécile, jusqu’au réveil humble et triomphant, car il s’agit bien d’une victoire. Adam retrouve le chemin d’Eden. Ce mettre en chemin, c’est prendre du recul face à la vie de nos « Temps Modernes » en ayant l’honnêteté de porter à ces temps critiquables et critiqués, le témoignage de la richesse du progrès, d’un certain progrès, et de porter témoignage de la misère des ébranlements fruits de la démesure des ambitions des « Apprentis-sorciers » qui régulent la « Société ». La nôtre.

Sylvain Tesson garde ses distances et gagne la clairvoyance du chemineau-philosophe. Son regard est sans concession et quelque peu désabusé face au « monde ». Peu importe que ce monde qui est le sien, coure à sa perte, sa perte d’identité, Sylvain Tesson a appris à vivre « presque » sans lui pour parcourir le « chemine-toi, toi-même ».

Le bonheur est sur le chemin: merci la vie d’avoir sauvé Sylvain Tesson.

Etienne Lallement – 21 septembre 2019

PS: La lecture en novembre 2011 de « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson m’avait enthousiasmé.

Lectures d’été…

photo prise le 3 août 2019 dans le parc de la mairie d’Hellemmes-Lille

Je continue mon exploration de la littérature créole et plus particulièrement de la littérature Martiniquaise. Les coups de coeur succèdent aux coups de coeur. J’ai embrassé mon mois d’août par « Nuée Ardente » de Raphaël Confiant. Le 8 mai 1902, la montagne Pelée qui domine La Martinique explose. La nuée ardente détruit la capitale de l’époque: Saint-Pierre. 30 000 personnes sont tuées. 3 échappent au massacre. A partir de cette catastrophe, Raphaël Confiant nous plonge dans la vie des Pierrotins et des Pierrotines avant la catastrophe. Le style est vif et mordant. Un crescendo haletant. Un roman, certes, mais un portrait de société « au bistouri » sans concession mais avec humour. Avec amour. Raphaël Confiant aime l’équipage de ce navire de pierre dont la voile se déchire et sombre sous la cendre meurtrière.

J’ai poursuivi mes lectures estivales avec cette question troublante : qui a tué « Solibo Magnifique » ? Patrick Chamoiseau ici me déroute. Me titille. Me fait beaucoup rire. Le vocabulaire est toujours aussi riche et la prose est lumineuse. L’humour et le cocasse me fixe sur les pages: j’avale ce roman policier. Ce n’est pas Agatha Christie, ni Edgar Poe, ni Gaston Leroux, ni Conan Doyle…au fil des lignes une idée s’impose. Des lectures d’il y a bien longtemps se superposent aux lignes « Chamoisiennes ». San-Antonio surgit dans le champ du burlesque à la sauce créole. Le plaisir de lire!

« Sagesse d’ailleurs pour vivre aujourd’hui » de Frederika Van Ingen. L’auteure part à la rencontre de personnes qui ont choisi de tout « plaquer » pour s’immerger aux cœurs de peuples non-intoxiqués (pas encore!) par notre « progrès ».Expériences exaltantes de ceux qui ont décidé de vivre autrement. Ces peuples ont tellement à nous apprendre, à nous qui, trop souvent, les considérons avec condescendance quand nous ne les ignorons pas!

« Vivre, Penser, Regarder » de Siri Hustvedt. Curieusement ce livre a échappé à ma valise. Entamé en juillet.. Je vais reprendre mon exploration après avoir relu « en diagonale » les quelques 200 pages déjà lues mais diluées dans ma mémoire. Passionnant malgré une lecture plus ardue…

Type de lecture qui exige isolement, silence et liberté d’esprit.

« L’Inde où j’ai vécu » d’Alexandra David-Néel. Quel émerveillement! J’ai retrouvé l’Inde où j’ai moi-même vécu deux ans. L’Inde est un pays en voie de développement à vitesses variables. L’Inde vit avec le corps dans le futur et la tête dans le passé. Beaucoup des situations vécues par Alexandra David-Néel pourraient encore se vivre à l’identique. Les mentalités de la première moitié du XXème siècle ont peu évolué. Est-ce un bien? Est-ce un mal? L’avenir répondra à la question. Pas moi. L’aventurière est une « journaliste ». Une vrai journaliste croquant, au quotidien, ses aventures, ses rencontres dans un style fluide, agréable et simple. Le plaisir est à chaque page. Un livre de chevet pour allumer des rêves.

Etienne Lallement – 17 septembre 2019 –

Éblouissements!

Narcisse que nous sommes! Nous nous complaisons à ne voir le beau que d’œuvres humaines. Par ses créations l’humanité se rassure autant qu’elle se détruit.

Sachons nous arrêter.

Sachons glisser notre regard vers la nature en ce qu’elle a de discret. D’humble. La création « naturelle » est humble… par nature. N’ a-t-on jamais entendu quelque fleur, quelqu’arbre, quelqu’insecte, réclamer notre attention ou quelques flatteries sur leurs apparences? Réclamer notre admiration à la contemplation de leur miraculeuse existence?

L’humain peut créer des chefs d’oeuvre. La nature est miracles.

La mairie d’Hellemmes respire les effluves d’un jardin extraordinaire. Un monde merveilleux. Merveilleux pour qui sait ralentir le pas, s’arrêter, s’immobiliser, s’accroupir, faire silence, déciller son œil aveuglé par le quotidien, scruter avec un regard neuf …attendre que la nature oublie ou s’accommode de l’intrus que souvent nous sommes.

Cela fait quatre ans que je retourne, en différentes saisons, dans ce jardin ordinaire pour la plupart du commun des mortels. Extraordinaire pour moi.

Ne dites surtout pas : « Heureux Hellemmois! » avec une pointe de jalousie. A quelques pas de chacun d’entre-nous, s’épanouissent de tels miracles avec l’aide, ou pas, de talentueux jardiniers. Les jardiniers sont de savants-artistes de l’éphémère.

Texte et photos – Etienne Lallement 9 septembre 2019 –

Lettre à Claude, Georges, Jean, Serge, Yves et bien d’autres…

Mur de La Fraternité – Fort-de-France – Mickaël CARUGE et Claude CAUQUIL – 2013

Claude est dentiste. Georges est médecin. Yves, kiné. Peut-on être serviteur de la santé des « êtres » sans les aimer ? Aimer sincèrement. Jean et Serge sont transmetteurs de connaissances. Sapience et conscience. Peut-on être serviteur du « savoir » sans aimer les « êtres » ? Sincèrement.

Claude est Juif et vibre et avec les Israéliens. Georges est Palestinien de cœur et de lutte. Jean et Yves sont homo, « comme ils disent ». Georges, Claude et Serge s’affichent hétéros. « Comme personne ne précise. ».

Tous ont le discours affirmé. La faconde, pour certains. Pour convaincre. De leurs mots, on sent, pourtant, sourdre des plaies d’incompréhension. Les anathèmes s’échangent. « Un des… » excommunie « quelqu’autre ». Parfois, sans se connaître. Parfois même, la violence des pensées dans les discours s’insinue et se gonfle.

Quelques choses les séparent. Pourtant, ils font partie de la même famille : le Peuple de la Terre.

Quand ils échangent, individuellement avec moi, ou « facebookisent », chacun argumente… avec passion. Avec foi.

J’écoute. Je lis.

Chacun affirme…

J’écoute. Je lis.

Chacun cautionne…

J’écoute. Je lis.

Chacun condamne…

J’écoute. Je lis.

Il y a les taiseux qui n’en pensent pas moins.

A entendre et les connaître…un peu… tout semble les séparer.

Il y a ceux qui croient au ciel.

Il y a ceux qui doute du ciel, d’un ciel…

Il y a ceux qui cherchent…tous doutent, sans doute

Je suis oreille…je ne sais qu’être oreille, porte d’athanor aux minerais ignescents chauffés de doutes et de questions innombrables.

Chacun invoque « la Raison » pour lui-même. S’il le fallait encore, chacun apporte la confirmation que « la Raison » est une épistémè individuelle. « La Raison » est la science et l’argumentation de l’« Ego », de son savoir être et de son pouvoir de faire. « La Raison » sublime le geste de qui la professe. « La Raison » condamne le geste d’autrui. « La Raison » conduit aux excès, au meurtre qu’elle justifie.

« La Raison » couronne le fou.

« La Raison » gouverne le Monde. « La Raison » détruit le Monde.

Raison est déraison.

La Vie est une grande illusion. Falbala mène la danse. Fanfreluches mènent au désespoir, mène à la mort. Toujours. Mort sociale, mort morale… Mort physique…

Claude, Georges, Jean, Serge, Yves et les autres tout semble vous séparer.

Pourtant vous faites partie de la même famille maçonnique.

La même famille maçonnique qui ambitionne de réunir ce qui est épars.  L’aboutissement n’est pas de notre temps, mais doit-on renoncer?

« De longs et pénibles efforts sont encore nécessaires… »

J’ai confiance.

Etienne Lallement – juillet 2019

Problème de Foi…

Notre civilisation occidentale a un problème de foi. De mauvaise-foi. De très mauvaise-foi érigée en art de vivre.

Si nos politiciens brillent dans l’art de la mauvaise-foi, ils ont fait école. Et quelle école !

Embusqués dans les casemates sécurisantes des réseaux sociaux, des milliers, voire des millions de « snipers » tirent à qui mieux-mieux sur leurs semblables, nettoyant le terrain où fleurissent, désormais, les plus sombres extrémismes. Paradoxe. Ils fertilisent le terrain de leurs ennemis. Mais sont-ils réellement ennemis ? La lâcheté des uns fait le terreau des autres. Les uns ont besoin des autres. Les uns et les autres, chaque jour, de plus en plus nombreux, se reproduisent en voulant s’éliminer en d’odieuses copulations barbares.  Ceux qui crient depuis leurs sinistres donjons contre le fanatisme et l’hypocrisie en sont les funestes ferments. Leur ignorance leur tient lieu de culture.

Un antidote parmi d’autres, mais non des moindres, serait de combattre l’ignorance…mais l’éducation se doit de libérer. Mais, qui souhaite la liberté de tous ? Qui souhaite l’éclosion du libre-arbitre ?

D’aucuns croient que la liberté ne libèrera que des démons préjudiciables à leurs propres intérêts.

L’expérience du temps présent prouve que la volonté d’étouffer ne vainc aucun démon. La priorité du « produire-consommer » marque ses limites. Son inhumanité.

Privé de connaissances, privé de savoirs, l’humain a besoin d’un rêve. Mieux, d’un projet. La récompense « post-mortem » a fait son temps, a atteint ses limites. Désormais, les « être-de-pensée » veulent confondre « rêve » et « réalité ». Ils ont, sans doute, raison, mais n’ont pas été préparés à la « réalité » : ils veulent posséder. Ils ne sont, eux-mêmes, que possédés par les objets de leurs désirs. Les prises de conscience, les virages, les (ré)Orientations sont les objets prioritaires de plusieurs générations à venir. Il nous faut assumer, accepter que les humains provoqueront, encore, quelques cataclysmes dont nous ignorons tout : formes et intensités.

Ainsi va l’Histoire à cette différence près que 2,6 milliards d’humains peuplaient la planète l’année de ma naissance. Plus de 7,6 milliards en 2019. Selon la Base de données démographiques de l’ONU, nos petits-enfants pourraient être de 11 à 16 milliards en 2100. Un poids de plus en plus lourd sur l’avenir de la terre. Pourtant, je ne crois pas à un « matricide-suicidaire d’œuvre humaine.

De 1347 à 1352, la Peste Noire fait 34 millions de morts. 30 à 50 % de la population européenne.

La Première Guerre Mondiale fait 18 millions de morts. La grippe espagnole tue 50 millions de personnes.

La Seconde Guerre Mondiale fait périr de 50 à 85 millions d’êtres humains.

L’Humanité a su surmonter ces épreuves. Tous avaient des raisons de désespérer. Notre époque est en plus mauvais état mental et spirituel alors que le contexte « vital » n’a jamais été aussi favorable. Nous ne pouvons pas considérer la Vie à l’échelle temporelle de notre vie personnelle.

Le recul temporel nous permet d’évaluer les progrès de l’Humanité. Bien sûr, des progrès dans les relations humaines sont perfectibles : Liberté, Equité, Fraternité sont encore nos parents pauvres, mais sont de notre responsabilité. Responsabilité modeste, certes, mais responsabilité incontournable, indispensable.

Nous sommes responsables d’un avenir que nous ne connaîtrons pas. Il nous faut semer. D’autres récolteront comme nous récoltons les semailles de ceux qui nous ont précédés.

J’ai confiance.

Etienne Lallement

29 mai 2019

Au Royaume des Fruits

Depuis plus de trois ans, nous parcourons la Martinique. La nature et les distilleries de rhums avaient été, jusqu’à maintenant, les objets essentiels de notre exploration. Mais qui dit « pays tropical » dit  » végétation tropical ». Qui dit « végétation tropical » dit « fruits tropicaux »! Et quels fruits! Avec l’ami Marco, nous avons poussé la porte de l’usine Denel au Gros-Morne qui transforme la richesse fruitière de l’île en boissons, sauces et confitures.

L’accueil est cordial. Le directeur de l’entreprise Philippe Vourch et Julie, notre guide, savent recevoir avec empressement les visiteurs. Le maître des lieux, parle, avec passion et volubilité, de la véritable « aventure » générée par la culture et la transformation des fruits en Martinique. car, pour en arriver à l’entreprise florissante qui nous ouvre ses portes, les succès et les échecs se sont succédés aux fils des ans. Au fil des siècles. L’entreprise « Royal » du Gros-Morne existe, quant à elle, depuis le tout début de XXème siècle.

Désormais, la passion des fruits a généré un succès évident même si la production peut sembler modeste face aux monstres de l’agro-alimentaire.

Ici la qualité prime sur la quantité.

Désormais, l’entreprise ouvre ses portes le mercredi pour raconter une page d’histoire, présenter son art de transformation fruitière et ses cultures. Toute la diversité de la production est offerte à la dégustation. Nous pouvons découvrir des douceurs encore absentes des rayons épiciers. En plus des « grands classiques », la boutique du centre de production propose des produits originaux de « caractère »! Bientôt sera proposé du miel. Pour l’instant, nous pouvons visiter la « ruche » de l’intérieur et observer les abeilles à l’oeuvre!

des sauces « originales » également…

Attention pour la visite, il est indispensable de réserver. Le jour de notre visite, trois groupes d’une trentaine de personnes ont effectué la visite.

Etienne Lallement – le 22 mars 2019

Tout savoir sur les visites : https://www.facebook.com/events/villa-royal-usine-denel/visite-de-lusine-royal-et-des-vergers-au-gros-morne/1876497612403198/

Rhum pour le temps présent!

Quelques perles rares de l’Habitation du Simon

« A 1710 »est né! Il fallait oser!

Les rhums ne manquent pas en Martinique! Vouloir « créer » une nouvelle « marque », il y a deux ans, relevait d’une gageure qu’il fallait mettre en oeuvre et mener à son terme. Et désormais, faire prospérer…

A la sortie de la commune du François en direction du Vauclin, peu après « la Petite-France », une « habitation » a ressuscité. L’Habitation du Simon. Le talent et un goût prononcé pour les belles choses se sont penchés sur le berceau de cette renaissance. Désormais, l’entreprise ouvre ses portes un dimanche par mois. La maître de chais révèle quelques secrets. Nos papilles font le reste…

Notre visite du samedi 19 janvier a été un enchantement. L’accueil est chaleureux. Le lieu est magique. Se conjuguent ici, l’ancien et le moderne dans l’apparat. La tradition distille!

A conseiller à tous les touristes, certes, mais aussi à tous les Martiniquais qui découvriront un peu plus leur patrimoine, leurs traditions, leur Art et leur Histoire.

L’Habitation du Simon organise des séjours découverte!

La visite dominicale et la dégustation, une fois par mois, sont gratuites.

Etienne Lallement – 21 janvier 2019

Plus de renseignements sur le site de l’entreprise: A 1710