La Martinique : Détente, sensualité ou art sacré?

Que représente la danse pour un Martiniquais?

Depuis notre arrivée en Martinique, nous avons été à maintes reprises invités à des festivités dansantes.

Il m’est apparu rapidement que la danse, pour les habitants de l’île, dépassait largement le cadre d’un simple divertissement. Le soin apporté à l’habillement, à la parure des femmes créoles, la rigueur et la grâce dans les gestes révèlent une autre dimension que celle du simple divertissement. Chaque mouvement des femmes et des hommes semble être l’expression d’un art sacré. La ritualisation d’une prière. Les musiciens rythmant ce rituel élèvent les danseurs et les spectateurs dans cette « dévotion ». Ici « Haute-Taille », par ailleurs « Bélé » participent à cette valeur qui participe à l’union des Martiniquais et sans doute tous les Créoles: une spiritualité vivifiante transfiguratrice des corps.

Curieusement, j’ai été frappé par les consonnances d’une certaine musique créole et la musique polonaise des bals de ma jeunesse! Cela ne peut pas être une coïncidence. Je recherche actuellement des informations à ce sujet.

Les nouvelles générations sauront-elles recevoir, communier et transmettre cet « Art » dans toute sa spiritualité? Dans toute sa force?

Etienne Lallement – 15 décembre 2020 – Saint-Joseph – La Martinique

prestation de l’association « Pétales de Haute Taille »

selon Wikipedia: « Les contredanses ont été apportées par les colons européens au XVIIIe siècle. D’abord dansées par la bourgeoisie, le mode de diffusion localement, et leur évolution, sont encore discutés, mais ces contredanses ont été adoptées par d’autres milieux (esclaves, classes populaires, milieu rural) qui ont alors influencé la rythmique, les instruments (ajout de percussions comme le tambour de basse) et le déroulé. On retrouve encore actuellement des figures principales du quadrille avec le pantalon, l’été, la poule, la pastourelle, mais aussi d’autres figures comme la biguine. Ces figures sont annoncées et rythmées par un chanteur « commandeur » qui débute traditionnellement par « Cavaliers aux Dames ! » pour que les danseurs invitent leur danseuse. Ce « quadrille créole » a toujours pour nom « Haute Taille« , évoquant la forme des robes de bal de la bourgeoisie fin XVIIIe , début XIXe siècle1.« .

La Martinique : le Bélé

La Martinique se prépare activement à « l’après Covid 19 », se prépare à retrouver ses danses et le « Bélé » en particulier. Souvenir de 2015. Nous découvrions à l’époque le Bélé sur la plage du Vauclin pour la première fois depuis notre arrivé sur l’île aux Fleurs.

Etienne Lallement – 2015

pour en savoir plus le Bélé : http://www.lamaisondubele.fr/l-histoire-du-bele/quest-ce-que-le-bele

Musique solaire sous ciel de grisaille…

La mer Caraïbe joue des arpèges au raz des pieds du Petibonum amarré aux pieds de la Montagne Pelée.

Les ombres s’agitent, se courbent et se redressent, égrainent quelques notes sauvages d’« accordailles » et s’unissent au rythme de la vague nerveuse. Nous célébrons le mariage du ressac et des vibrations colophanées réunis par les souffles marins et la respiration de la flûte traversière.

Ciel gris. Mer grise.

Fi des silences feutrés des salles de concerts, le QCM jaillit de la vague, calme les éléments et éveille les mélomanes de la plage du Coin. Peu à peu le ciel s’enrosit , prémisse d’un embrasement qui ne viendra pas. Les rais solaires s’essoufflent par-dessus la grisaille duveteuse moutonnant sur nos têtes.

Le divin se résigne à plonger sans nous saluer et abandonne les planches à la Reine de la Nuit et son cortège hétéroclite : un tir du Canon de Pachelbel ouvre les festivités, Haendel pousse son Alléluia et Vivaldi célèbre le Printemps. Jean-Népomucène Hummel écarte, pour cette fois, sa trompette. A sa suite Jean-Sébastien Bach badine et gavotte. Le guadeloupéen Chevalier de Saint Georges métisse le concert. Mozart célèbre la nuit par une petite musique. Intégrale. La Flûte Enchantée nous permet de célébrer et la reine et la nuit…Au printemps de Vivaldi du début de soirée répond le « Summertime » de Gershwin. John William décline sa « Liste de Schindler ». Un Divertissement Espagnol ouvre la voie à Art Mengo qui laisse s’épancher la « Valse Triste » de Laurent Rocher…  Raphaël Rimbaud précède Piazzolla… Révérence !

Aux ultimes accords de Piazzolla, la mer se déhanche encore, tangue de plus belle puis se libère des notes et s’enfonce dans la nuit.

Le silence règne. Déjà !

Les oreilles comblées, les mandibules passent à l’attaque !

Une soirée de grâce !

Etienne Lallement – 19 septembre 2020 –

Concert du Quintette Classique de La Martinique sur la plage « du Coin »  au Restaurant « Le Petibonum » au Carbet – La Martinique

Le poète et la vie…notre vie?

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Vendredi 6 juillet 2018. Radio Classique. « Passion Classique ». Olivier Bellamy – [pour moi, sans doute, un des meilleurs « intervoyeurs » de radio] – recevait le poète Christian Bobin à l’occasion de la parution de son ouvrage : »Un bruit de balançoire« . Puis, je prêtais attention à l’actualité du jour. Deux mondes. Un poète vit-il au même temps que nous? Que moi? Après tout, qui nous dit que nous vivons les mêmes instants? Sommes nous des bâtisseurs de forteresses individuelles où ne pénètrent que les objets de nos désirs, mais où s’infiltrent nos angoisses et les rescapés puissants de nos censures?

La vie nous impose une trame dès la naissance et nous laisse la liberté de choisir les chaînes qui nous alourdiront jusqu’au tombeau.

Pour Christian Bobin, « la poésie est une réplique lumineuse aux ténèbres« .

Etienne Lallement (6 juillet 2018)

Coups de coeur: Les choix de l’invité, ses « petites madeleines » m’ont permis de redécouvrir le « Requiem » de Gabriel Fauré » et une oeuvre qui m’était totalement inconnue du compositeur Estonien Arvo Pärt, « für Alina » interprétée par Khatia Buniatishvili.

 

 

D’Ormesson, Hallyday….

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Angoisse et goutte d’huile !

Que de bruit. La mort fait du bruit ou plutôt le cause.
Dans l’espace de vingt-quatre heures deux hommes cessent de vivre et la vie de beaucoup est bouleversée. Chacun s’exprime, en folliculaire se transforme, pour parler d’êtres qu’il n’a pas connus. En effet, il n’en connait que des images fabriquées dans les chaudrons bouillonnants des médias et jamais tamisées, à quelque niveau que ce soit, d’un quelconque esprit critique. De quelconques propositions divergentes pour ajuster son jugement.

Et même : dans les gardes rapprochées, ami ou ennemi peuvent-il, déjà, être objectifs ?

Mais en fait, le fidèle-adorateur ou l’iconoclaste ne recherche pas la pluralité des opinions. Il lui est servi le film de son rêve, le voile de ses illusions, et il refuse toute atteinte au scénario.

En fait, l’humain fabrique ce qu’il veut croire et s’y accroche comme un naufragé au radeau de la Méduse. Là est le frêle esquif de sa survie, de son espoir. L’être a besoin de certitudes comme autant d’étais à la charpente de ses fragiles convictions. Et gare à celui qui sèmera le doute et l’angoisse.

Il dresse, pour ses besoins, sa vie durant, des autels à des idoles qu’il a lui-même engendrées. Combien de croyants religieux de tout courant, d’incrédules, combien d’anticléricaux, combien d’athées sincères sont devenus « idolâtres » en contradiction de leurs propres affirmations ou négations.

A ces idoles, l’humain transfère son ego. Il vit par procuration. Il cultive son opium. Il rêve sa vie. La vie dont il ne sait pas tirer la quintessence. Personne ne lui a jamais appris, car il fallait faire bien d’autres choses de sa vie.

« Jean d’Ormesson possédait le talent et l’esprit qui me faisait défaut. » n’avoue pas l’un.

« Johnny Hallyday menait la vie de paillettes dont je rêvais et rêve encore. » avoue l’autre des étoiles plein les yeux.

Chacun est dans l’erreur, dans l’erreur commune, de croire que « certains » sont plus indispensables que d’autres.

Le plus humble d’entre nous a une responsabilité majeure dans l’existence, un rôle à « accomplir », une mission à « jouer » tout aussi importante que ceux qui crèvent l’écran. Personne ne nous en persuade. Tous sont dans le doute et la culpabilité refoulée. Convaincre serait humilier.

De temps en temps, une serrure a besoin pour bien fonctionner d’une simple et minuscule goutte d’huile. Sans huile, l’oxydation s’installe et bientôt l’huis le plus lourd est condamné. Qui se soucis de l’huile en regardant la porte s’ouvrir et se fermer.

Sachons, humblement mais fièrement, être des gouttes d’huiles pour permettre l’ouverture en grand et sans grincement des portes dans la vie. Invisibles mais indispensables. Sachons être mille choses encore…

Mais sachons « ETRE ».

Et comme disait Monsieur de La Fontaine trop vite écarté de notre éducation :

« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : 
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
 »

 

…et s’il me faut être goutte d’huile, que je sois efficace dans ma mission : une huile essentielle.

Et que, grâce à nous, s’ouvrent les portes !

Etienne Lallement

8 décembre 2017

 

 

 

Incandescences et harmonies

 

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Le soleil s’incline vers l’horizon. Le Carbet lui renvoie de toute sa hauteur, un scintillement de verts tropiques.

Certains s’alanguissent encore sur la plage du Coin comblés de caresses éoliennes. Les tables du Petibonum se garnissent peu-à-peu. Les verres se servent gouleyant de rhum, jus de goyave, de bière ou d’eau pétillante. Les soifs s’étanchent. La fraîcheur, toute relative, s’installe.

Le brouhaha du restaurant se tamise lorsque s’élèvent les sonorités des premiers pincements, des premiers frottements, du premier souffle.

Le Quintette Classique de Martinique a osé planter ses notes dans ce lieu improbable habitué aux sonos tonitruantes de véhicules surwattés.  

Mais l’harmonie crée le respect. Quelques insensibles au sacré s’éloignent. Quelques sourds vaquent à leurs « n’importe quoi ». L’atmosphère les soumet bientôt, les uns et les autres, à la sourdine. Une mère éloigne son enfant turbulent. Si peu bruyant. Peut-être, encore, un Mozart qu’on assassine!

Pourquoi ne pas tenter de faire taire la mer qui, dans notre dos, sacs et ressacs,   bouillonne sur le sable gris? Le soleil poursuit sa déclinaison. Il trace un sillon d’argent sur l’onde désormais sombre et vient taquiner le sable gris.

Aujourd’hui, l’oreille l’emporte sur l’œil. Dans une quasi indifférence, l’incendie céleste dégueule sa lave incandescente vers le flot caribéen.

L’attention est ailleurs. De grands classiques s’engouffrent en nos oreilles et réveillent notre mémoire autant collective qu’intime.  Certains fredonnent, certains frissonnent. Émotions

Carl Flesch est annoncé. « C’est qui, celui-là? ». La réponse vient. La musique suit. Haendel, Mozart et d’autres. Le toit de tuiles et de bois fait merveille et nous renvoie un son très digne. Et voilà bientôt Carmen qui danse entre les tables à la poursuite de son toréador. Prenons garde! Mais l’invisible, bientôt, disparaît et d’autres lui succèdent. Le temps est suspendu. Le soleil a plongé. La nuit règne. Quelques notes de Noël signent la révérence du Quintette Classique de Martinique.

Ils ont osé. Ils ont gagné un challenge loin d’être gagné d’avance. Ils ont osé réconcilier la musique et le quotidien. La musique et la vie. Ils ont osé briser les hermétismes.

Bravo!

Etienne LALLEMENT    –    28 novembre 2016

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