L’enfer du noir décor

 

 

1963 – En janvier, aux USA, Georges Wallace est investi gouverneur de l’Alabama. Son programme proclame « la ségrégation pour toujours ». En avril, des émeutes raciales éclatent à Birmingham, la plus grande ville de l’état. Martin Luther King est arrêté. La police réprime violemment la révolte des écoliers grévistes. Le président des Etats-Unis, John Kennedy, impose par la force l’admission de deux étudiants noirs à l’université d’Alabama. Kennedy devient « ein Berliner » devant le mur de Berlin.

Le 28 août, Martin Luther King « has a dream » à Washington.

Le 15 septembre, quatre fillettes noires sont tuées dans un attentat perpétré lors d’un office religieux. Le 18 novembre, John Coltrane enregistre la pièce « Alabama » longue plainte musicale en mémoire de ces enfants assassinées.

Le 22 novembre, le président des Etats-Unis est assassiné à Dallas.

1963 – Amiri Baraka – LeRoi Jones – écrit « Le métro fantôme ».

2018 – Théâtre Aimé Césaire de Fort-de-France.

Il est difficile de saisir l’essence de la pièce de Amiri Baraka – LeRoi Jones – si l’on ne prend pas le temps de la replacer dans le contexte historique de son écriture. José Alpha qui ne manque pas d’éclectisme dans le choix de ses mises en scènes, vient ici à la recherche de sa pierre cachée, pierre noire d’un passé douloureux, bétyle noire d’Elagabal venue du fond des âges ou d’un autre monde…

Le nègre Clay s’enfonce dans le métropolitain comme on creuse sa tombe et y croise l’ange de la mort. L’homme tente de blinder son amnésie. Clay ne franchit pas le Léthé de ferrailles hurlantes, mais en suit la berge, poursuivi par Lula, l’ange diabolique. Pour échapper à sa condition, Clay singe « le blanc », le métro blanc, dans la forme mais pas dans le fond. Le « petit noir » n’a de blanc que la couleur de ses cheveux. La « diablange Lula » agresse car elle aussi connaît l’angoisse et rêve, sans doute, en son for intérieur « d’être noire pour chanter l’espoir ». Pour gagner l’espoir. Son chant est violemment désespéré. Serait-elle démon ou christ, elle qui tenterait de faire boire à Clay le calice amer de bonne-grâce ? Ensemble, pour échapper à leurs conditions, ils envisagent de succomber à l’attraction de la frivolité. La réalité de leurs conditions respectives défonce le voile de la frivolité et son arrogance. Lula et Clay n’ont d’autres issue que la violence. Ils choisissent la révolte, la violence comme seule voie. Violence, seule arme de leur désespoir. Clay dans l’enfer de la vie. Lula sur son quai des départs vers l’enfer.

Un masque qui tombe ne dévoile jamais qu’un autre masque.

Etienne Lallement – 23 octobre 2018

Association théâtre de l’Histoire de Saint Pierre – Théâtre des cultures créoles

« Le métro fantôme »

Mise en scène : José Alpha

Acteurs : Cristèle Calixte et Éric Bonnegrace

Représentation des 19 et 20 octobre 2018

Théâtre Aimé Césaire de Fort-de-France

Photos : José Alpha

pour mémoire : https://sydrach357.com/2016/03/12/tribunal-des-femmes-bafouees/

« Tribunal des femmes bafouées »

affiche trib femmes baf

Au Théâtre Créole,  deux blanches pour un noir

Ici l’on crie, on hurle même, on enrage, on s’agite, on se fige, on se tait. L’émotion perle. Le rire éclate.

Ici, les femmes accusent. Maladroites. L’homme se défend. Piteux. Les arguments des unes et de l’autre se délitent. Le ciment de la haine ne résiste pas au ravinement de l’amour indélébile.

Les rôles s’inversent. L’accusé devient accusateur. La faiblesse de tous se répand sur les planches. Aucune n’est tout à fait blanche. Lui n’est pas tout à fait noir. Ils sont humains. Voilà tout.

La victoire de l’amour est aigre-douce. Il n’est ni vainqueur, ni vaincu. La catharsis n’épargne personne, acteurs comme spectateurs. C’est cela l’antique vocation du théâtre. Chacun y voit plus clair , mais d’autre questions surgissent. L’homme est un éternel chasseur de nuages.

….

En me remettant les billets, l’hôtesse du théâtre de la ville de Fort-de-France me précisait que ce spectacle était « spectacle d’une troupe d’amateurs » et, de ce fait, n’apparaissait pas dans le programme « officiel » du théâtre.

Mais que que reste-t-il « aux grands »?

Béatrice Sieurac, Eric Bonnegrace et Cristèle Calixte n’ont rien à envier. Pas de référence à de « grands cours parisiens ». Les références sont de l’école, de l’académie de la vie. L’école de la passion. Melpomène et Thalie génèrent et inspirent la foi plus que la référence. A n’en pas douter, il s’agit, ici, de foi. Celle qui conduit à la passion, déborde de la scène et inonde le parterre.

Que seraient trois talents sans texte, sans trame, sans histoire. Tony Delsham a pointé son œil sur le monde, sur son monde. Celui des Caraïbes, celui de La Martinique. Molière pousse ici un peu sa plume dans celle de Tony par le regard aimant, mais sans concession, qu’il porte sur ses contemporains créoles.

Sans complaisance, mais brillant d’humour. Rempli d’amour. « Castigat ridendo mores ».

La mise en scène, dans un décor dépouillé ou règne une psyché sans glace, est sans faille. José Alpha valorise, tour à tour, ses acteurs. Ils peuvent épanouir leur jeu jusqu’à l’extrême dans un respect mutuel équilibré.

Le théâtre créole doit déborder de son île.

Etienne Lallement

« Tribunal des femmes bafouées » de Tony Delsham – représentation du vendredi 11 mars 2016 au Théâtre de la ville de Fort-de-France; La Martinique. Compagnie Téatlari – Théâtre des cultures créoles.

Voeux: du « Je » au « Tu »…

20027137760_18f338e6fa_kDu « JE » au « TU »

2015 commence par un « Je suis Charlie » pour un peuple en crise identitaire. 60 millions d’êtres doivent se rassembler. 60 millions d’êtres doivent se ressembler.

Se rassembler. Se ressembler. Un peuple saisit le drapeau tricolore comme un point de centre unificateur. En un jour, des caricaturistes, hier honnis, pourfendeurs de bonnes consciences, sont érigés en symboles par leurs cibles d’hier encore.

Hier, ils étaient des marginaux dérangeants. Ceux qui en subissaient les outrances en font des héros. En font des hérauts de la résistance.

Défense des « Je ». Défense des « Ego ». Les angoisses… L’Angoisse réunit. Les angoisses agglomèrent en un compost hétéroclite, les carpes, les lapins et les « autres » : ceux qui ne sont pas « moi ». Ce n’est pas un puzzle qui se compose, c’est un « Cluedo » qui s’amoncelle. L’équilibre est précaire. Périlleux. L’individu sortant de sa « tord-peur » menace l’équilibre de la masse. La masse tremble. La masse se délite et retourne à sa pagaille. Jusqu’à la prochaine menace.

  1. Pour cette nouvelle année, je nous souhaite de passer du « Je » au « Tu ». Notre regard tourné plus vers l’autre que sur nous-mêmes. Nous ne serons pas lésés. Bien au contraire. Notre reflet dans le regard des autres, nous apportera une vision plus vraie de ce que nous sommes. Oserons nous affronter, partager ces regards qui répondront à nos mains tendues vers l’autre.

Oserons-nous aller plus loin encore ?

Il y a quelques années ( ?), certaines de mes fréquentations m’affublaient du qualificatif de « christique » en référence de l’éducation qui fût la mienne. Je le fus, sans doute. Je ne le suis plus pour les « marchands du temple ». Je le serai de plus en plus, ne serait-ce que pour cet unique principe : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous outragent et qui vous persécutent. […] Car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? […] Et si vous ne faites accueil qu’à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? »

L’utopie se vise pour bâtir la réalité.

Je ne connais pas mes ennemis et ne veux pas les reconnaître pour tels. Un ennemi aimé n’est plus un ennemi.

L’Hindouisme m’a fait prendre conscience ce que doit être la laïcité. Je serai donc « christique » de culture et un laïque de conviction. Un « christique-laïque » en quelque sorte.

Béa se joint à moi pour nous souhaiter une très heureuse nouvelle année. Il nous reste à la bâtir. Espérons qu’un esprit de réceptivité et de de respect mutuel prendra le pas sur nos ego blindés de certitudes défensives, consolatrices et rassurantes.

Nous prendrons des risques. L’Avenir est à ce prix.

Au risque de déplaire

Etienne LALLEMENT

Sympathie…

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Il est temps pour moi de remercier tous ceux qui nous ont témoigné leur sympathie lors du décès de maman.

Merci du fond du coeur, du coeur de l’âme.

Ci-dessous vous trouverez les paroles que j’ai prononcées lors des funérailles. N’ayant jeté sur quelques pages d’un petit carnet que des idées lors des deux deux jours qui ont précédé la cérémonie, certains trouveront sans doute des altérations sur les mots d’origine. Soit! Mais l’esprit reste le même.

« Il y a quelques temps, la place Saint-Pierre de Rome résonnaient des noms de nouveaux « saints ». Mais n’y-a-t-il de « saint » que ceux reconnus par la Curie Romaine?

Certes non! Et heureusement! La majorité d’entre-eux vit dans l’abnégation, le sacrifice, la discrétion et dans l’amour prodigué.

Maman était, est de ceux-là.

Grace à ces qualités, maman a permis à son mari, à notre père, Jean Lallement, de poursuivre ses rêves, de nourrir ses ambitions.Elle nous a permis, nous ses enfants de bâtir nos vies dans la raison et parfois même jusque la déraison.

Alors, regardons autour de nous et recherchons ceux qui vivent dans la discrétion, dans l’ombre… Allons chez eux quérir l’aide de leurs qualités. Leurs qualités qui nous ferons appréhender la vie avec un autre regard. Il est vrai que nous sommes plus attirés par les paillettes et l’esbroufe. Notre civilisation tourne plus volontiers ses regards vers une danseuse des Folies-Bergère que vers une femme discrète en méditation.

Nous mettons en scène notre vie, le spectacle de notre vie, pour éviter de regarder la vérité en face et pour conjurer nos angoisses. La vérité n’est pas dans les beaux discours, ni les rodomontades. La sagesse (la sainteté?) se cache dans la simplicité et le silence comme elle se cachait dans la discrétion, l’abnégation et le dévouement de notre maman.

Le 15 juin dernier, un train s’est arrêté en gare de Bruay-en-Artois*. Maman est montée pour un voyage sans retour. Bientôt, d’autres trains s’arrêteront… pour nous.

Nos valises sont-elles prêtes? »

*lapsus: dans mon élan, j’ai dit « Bruay-en-Artois » en lieu et place de « Bruay-la-Buissière ».

Basha, sa famille et Dieu

DSC_3363 DSC_3078Basha, notre chauffeur en Inde, est Musulman. Son épouse est Hindou. Elle et lui pratiquent avec ferveur chacun leur religion. Dans la cuisine, un oratoire abrite les images de Ganesh, Lakshmi, Sarasvathi… Dans la chambre familiale qui accueille, chaque nuit, cinq personnes pour un seul lit, s’affiche une sourate du Coran. Aux nombreuses fêtes Hindous, nous avons pu voir Basha le Musulman s’affairer avec détermination dans la conduite des « pujas », des prières et cérémonies en l’honneur et à la dévotion des divinités de sa femme.

Peu avant de les quitter, je lui posai cette question: « Toi, tu es Musulman. Ton épouse est Hindou. Et tes enfants?« .

Il me répondit qu’ils étaient Musulmans et que son épouse « se convertirait à l’Islam après le mariage de son frère.« .

Je m’étonnai de cette conversion future. Sa réponse me stupéfait. Cela allait « simplifier leur vie et cela ne leur poserait pas de problème parce que, après tout quelque soit leur religion

ILS ADORAIENT LE MÊME DIEU.

Basha, dans toute sa simplicité, donnait une réponse refusée par les docteurs « de la Loi » de la quasi totalité des religions. Ici, l’Hindouisme de Ramakrishna, Vivekananda, Ramana Maharshi, Ma Ananda Mayi a planté dans le coeur de Basha « le Musulman » sa graine de respect de l’Homme et du chemin qu’il parcourt.

Ramana Maharshi : « Toutes les religions et toutes les méthodes sont une et la même. » L’enseignement de Ramana Maharshi, édition Albin Michel, collection Spiritualités Vivantes.

RENAULT: UN 4ème VÉHICULE POUR L’USINE DE TANGER?

l’Economiste
IL S’AGIRAIT D’UN VÉHICULE À TRÈS BAS PRIX ADAPTÉ AU MARCHÉ EUROPÉEN
RIEN N’EST ENCORE DÉCIDÉ CONCERNANT SA COMMERCIALISATION EN EUROPE, SELON RENAULT
TANGER DISPOSE DE DEUX AVANTAGES INDÉNIABLES EN SA FAVEUR: PROXIMITÉ ET COÛTS SERRÉS
    
Renault: Un 4e véhicule pour l’usine de Tanger?

A l’instar de l’usine de Chennai en Inde, celle de Melloussa pourrait bientôt abriter la fabrication du modèle ultra low-cost de l’Alliance. Ce 4e véhicule s’ajouterait au trois premiers modèles qui sortent des chaînes de Renault Tanger, à savoir Lodgy, Dokker et Sandero

Les médias français carburent depuis lundi dernier au sujet de Renault. Les Echos ont été les premiers à vendre la mèche: l’usine de Renault à Tanger pourrait accueillir la production d’un quatrième véhicule. Il s’agirait d’une automobile à très bas coût, calquée sur les véhicules ‘ultra low cost’ que le constructeur devrait lancer dans certains pays émergents. Ces véhicules devraient être vendus autour de 3.500 euros (environ 40.000 dirhams) et ils seraient produits en Inde à l’usine de Chennai, (voir notre édition n° 4210 du 11 février 2014). Selon le quotidien français, une déclinaison européenne de ces modèles aurait été envisagée avec un surcoût dû à l’adaptation aux normes du Vieux continent pour atteindre la barre des 5.000 euros. Pour ce futur modèle européen, une production en Europe est impensable et c’est tout naturellement l’usine de Tanger qui serait la candidate idéale pour sa production.
Renault ne confirme ni infirme ce qu’il considère comme étant une rumeur. Mais il ne manque pas de rappeler que l’Alliance Renault-Nissan accélère le développement d’un nouveau programme de véhicule, développé sur une plateforme commune nommée CMF-A en interne. La mutualisation de la plateforme serait en effet l’une des clés de l’abaissement des coûts et du prix final serré de ce futur véhicule, mais «la priorité pour celui-ci est de répondre à une demande existante dans les pays émergents», rappelle M’Hamed Tazi, directeur de la communication du groupe Renault Maroc. Pour le constructeur, tant que la décision de la commercialisation en Europe n’a pas encore été prise, (elle devrait l’être selon Les Echos début 2015), le choix de sa fabrication lui aussi reste à décider. «La priorité est de réussir l’industrialisation à Chennai et le lancement en Inde l’an prochain puis, dans un second temps, l’industrialisation et le lancement en Amérique latine», précise-t-on auprès de Renault Maroc. Si le groupe opte pour le lancement de son futur ‘ultra low cost’ en Europe, ce n’est pas pour autant gagné. L’usine marocaine est obligée de montrer de quoi elle est capable. «Tanger devrait se positionner comme toute autre usine de l’Alliance, pour défendre ses chances pour l’industrialisation de ce produit sur ses chaînes», fait observer Tazi. En effet, avant le lancement de tout projet de fabrication, c’est une véritable concurrence que se livrent les différents sites de production et c’est le mieux placé qui remporte les commandes. D’autres sites de l’Alliance comme l’usine de Nissan à Barcelone pourraient aussi rafler la production.
Mais Tanger dispose de sérieux atouts concurrentiels car elle combine à la fois des coûts bas comparés à l’Europe avec un argument imbattable, la proximité avec le Vieux continent.
En tout cas, Renault Tanger semble se préparer. L’usine a déjà annoncé une nouvelle fournée à l’embauche. Il est prévu que les chaînes de Renault à Melloussa accueillent 400 nouveaux opérateurs, l’année prochaine. Les chaînes de fabrication devront elles aussi être dopées avec une capacité portée de 23 à 30 véhicules par heure pour produire trois modèles: l’utilitaire Dokker, la Lodgy et la Sandero.

Des véhicules à très bas prix pour les pays émergents

C’est avec une série de véhicules à prix encore plus serrés que Renault entend faire revivre l’aura gagnée avec la Logan en son temps. Il s’agit d’un SUV, de deux berlines et d’un véhicule à sept places, basés sur une plateforme unifiée avec Nissan baptisée CMF-A afin de réduire encore le coût final. Le projet avait été annoncé en début d’année et ce n’est que maintenant qu’il semble se matérialiser sur le terrain.
Selon les informations rapportées par la presse française, il s’agirait de véhicules appartenant à la gamme des moins de 4 mètres. Ils devraient viser les marchés émergents en Asie comme l’Inde dans une première étape pour étendre leur commercialisation en Amérique latine ultérieurement.

Ali ABJIOU

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