Combat d’arrière-garde?

Très petite araignée tissant sa toile dans la végétation de la plage de la Pointe-du-Bout . La Martinique.

Depuis un certain temps, nos gouvernants français veulent réformer les modalités du départ pour la sacro-sainte « retraite » pour chacun d’entre-nous.

Ô vous dirigeant – ou qui croyez l’être – Ô vous consentant… Ô vous contestant… Ô vous j’m’en-foutiste…vous me la baillez belle! Etes-vous vraiment ignorants ou aveugles à ce point?

*Une révolution se prépare; l’âge de la mort décidée, de la mort programmée.

Il appartiendra à un groupe politico-économique bardé d’intelligences artificielles de définir pour chacun « le seuil de rentabilité« . Ce qui importera, dès lors, à notre société occidentale et consort sera notre apport de plus valus. A partir de quel âge, à titre individuel, rapporterons-nous encore à la société « capitaloconsumériste »?

Nous rapporterons plus que nous coûterons? Nous aurons le droit de vivre ou de survivre. Gare à nous si notre balance comptable est négative! Notre cessation de paiement individuelle envers la société nous poussera vers le crématorium. Fini le cimetière! La spéculation foncière l’aura enterré!

Il sera temps de nous faire plier bagage pour soulager l’humanité de notre encombrante personnalité.

La retraite ne sera plus un problème. Le mot « retraite » aura rejoint les pages du « dictionnaire des mots disparus ».

Cyniquement vôtre,

Etienne Lallement – 12 janvier 2020

*du second degré certes, mais si nous n’y prenons pas garde, l’humour le plus grinçant pourrait devenir réalité! Au XXème siècle balbutiant, qui aurait pu imaginer la réalité d’un nazisme suivi par presque tout un peuple et bien au delà?

Réflexions…Interrogations…

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Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Les événements de notre vie nous font réagir…ou non. Nos critiques fusent plus rapides et plus vigoureuses que ne le font nos louanges ou plus simplement nos satisfecit. Et que dire de nos réactions en actes trop souvent inexistantes?

Jeudi 21 juin 2018. Je tombe d’une échelle. Direction les urgences du Centre Hospitalier Universitaire de La Martinique. Plus précisément, l’hôpital Zobda-Quitman. Le service est flambant neuf dans une aile récemment construite.

Quelques rares personnes attendent dans le hall de réception. Une affiche annonce que « Suite à l’absence de personnel de RADIOLOGIE, seul les examens en urgences seront réalisés. ». Déjà il m’est demandé de remplir le document d’admission, puis mon nom est appelé dans la foulée pour pénétrer dans « le soin des soins ». Trois personnes attendent. Elles seront absorbées par le service, le temps qu’un aimable aide-soignant ou infirmier me prenne tension et température, puis palpe ma cuisse contusionnée dans la chute. Aussitôt fait, je suis dirigé vers la radiologie ou je stagne, seul, à peine dix minutes. Dans mon cheminement, je croise une banderole proclamant la grève d’une partie du personnel de ce service. De retour dans la salle d’admission que déjà une interne m’emmène dans un bureau pour me parler de mon état après lecture des clichés. Elle invite son « patron » à confirmer son diagnostic. Il lâche un laconique : « ça a pété ! » – il parle de mon trapèze – et demande à ce que je sois dirigé vers le service « SOS Mains ».

Même enceinte. Autre monde. Situé dans l’ancien bâtiment… le délabrement du lieu interpelle. Le service affiche sur sa porte ses honorables classements depuis des années attribués par le magasine « Le Point ». Cela rassure.

Une personne mordue par un chien à la main me double sur la ligne d’arrivée chronologique. Pour la première fois depuis mon arrivée, il m’est demandé de patienter. Je le fais de bonne-grâce pendant une petite heure. Puis vient mon tour. Trois personnes, des plus aimables, s’occupent de moi et l’une d’entre elles demande, par téléphone, une confirmation des soins à apporter à mon vieil os brisé. L’intervention la plus longue fut l’extraction de mon alliance de mon doigt gonflé. Deux d’entre mes soignantes se souviennent d’une technique employée par des collègues absents. Et voilà que chacune, l’une après l’autre, me spirale un lien de sac poubelle autour de l’annulaire, enchevêtre et mon doigt et mon alliance et tire sur le lien qui ne cède en rien. L’une d’elle sort d’un sac stérile une respectable pince que l’on penserait plutôt trouver dans une trousse de plombier plutôt qu’ici… Heureusement, elle renonce à son entreprise de cisaillement et préfère opter pour un bidon de savon liquide. Et c’est aux cris répétés de parturition proche de la délivrance – « ça vient ! ça vient ! » – que la saponine onction me délivre enfin du lien conjugal ! J’étais à un doigt de sortir de l’hôpital plus amoché qu’à l’entrée. Une inqiétude amusée quelquefois, mais le tout s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur.

Avant de quitter l’enceinte hospitalière, j’hasarde une question auprès d’un membre du personnel : « J’avais été admis aux urgences, il y a un peu plus d’un an et à cette époque le service était saturé. Pour une admission à vingt heures trente, j’avais quitté le service à plus de quatre heures, le lendemain matin… pour un simple saignement de nez ! »… La réponse me stupéfie : « C’est toujours aussi saturé, mais aujourd’hui, il y a match ! ». Mon interlocuteur ne semble pas plaisanter. En effet, mon admission a été effectuée pendant le match de poule éliminatoire de la Coupe du Monde de Football : l’équipe de France affrontait le Pérou !

Première interrogation : comment un simple match de foot peut désengorger un service d’urgence ? L’activité des humains suspend son vol. Plus d’accidents domestiques ? Plus d’accidents du travail ? Les bobos peuvent attendre : « Y-a pas l’feu ! ».  Les accidents peuvent-ils être « à effets retardés » ? Je me pose la question: la solution aux problèmes des services d’urgence n’est-il pas plutôt chez les patients qu’au sein de l’hôpital ?

Deuxième interrogation : Il m’a été prescrit 80 gélules de paracétamol et 32 gélules de paracétamol  renforcées de codéine ,  » si la douleur devenait insupportable!« . Quel est, désormais, l’attitude des « occidentaux » face à la douleur ? Il faut bannir la douleur. A tout prix. A tout coût de médicament. L’être humain naît avec un capital de résistance face à la douleur. Enrayer la douleur dès son apparition, avant même son apparition, ne nous rend-il pas plus fragile ? Moins résistant ? Celui qui détient la clef de notre douleur ne sera-t-il pas, demain, notre maître ?

Certains craignent les pays « pauvres » et les flux migratoires. Ceux-ci nous sont déjà supérieurs par leur résistance à la misère, à la guerre, aux épreuves de toutes sortes…à la souffrance. Ces peuples ont gagné leurs « résistances » dans des combats quotidiens. Que pesons-nous, nous élevés dans une civilisation « anesthésiante » repoussant par des artifices et des chimies, nos  maux devenus insupportables. Même les plus modestes!  Nous sommes devenus la nouvelle « race » des esclaves : les plus résistants deviendront les maîtres. Deviendront nos maîtres. Notre défense est la grogne, la vindicte et le transfert de nos propres responsabilités, dernières armes de pseudo-révolutionnaires refoulés.

Choisissons nous réellement nos chaînes? Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Ne sous-estimons rien des moindres aléas de la vie. Un petit os brisé…

Etienne Lallement –  12 juillet 2018

photo: mémorial de l' »Anse Caffard » – Le Diamant – la Martinique