De ces « Nanas Fêlées » qui laissent passer la Lumière!

Conversation d’un jour de deuil, de funérailles… Echanges… Découvertes… Tess et moi, nous nous connaissons depuis 70 ans sans nous connaître… Une passion commune: l’Inde! Un lieu qui aurait pu être l’occasion d’une rencontre: le Tamil Nadu, Pondichéry. Béa et moi sommes arrivés quelques mois plus tard.

Tess et Luc racontent:

« vidéo réalisée après un séjour dans un orphelinat de garçons à Pondichéry en Inde du sud en mai 2012. Avec l’association « En Jeux ». 2 membres du groupe « Les Nanas Fêlées » se sont joints à Agnès et Karine, qui s’occupaient des soins prodigués aux enfants lors de la mission. Tess a appris aux enfants une chanson originale de sa composition: « we’ll all be men« , et Damien les a enregistrés, a mixé la chanson, joué la partie instrumentale aussi, et fait les arrangements. Luc a filmé le tout, et Tess a fait le montage. Ce fut un moment de partage magnifique, émouvant, à partager naturellement !« 

Ne négligeons aucune de nos rencontres en quelqu’occasion que ce soit!

Etienne Lallement – 14 décembre 2024

« N’importe quoi!? » aurait dit mamie…03

Fort d’Amber – Rajasthan – Inde – 23 mars 2014

Début de la lutte en Martinique…

Je veux décrire! Je veux écrire un témoignage sans en tirer de conclusions, m’embarquer dans de quelconques spéculations qui ne seraient qu’idées dérisoires de mon esprit et intellect gavés…inachevés.

Béa vivait, depuis longtemps déjà, dans l’angoisse de la mort. Surtout la nuit, quand son corps et son esprit n’étaient plus distraits par l’hyperactivité que chacun lui reconnaissait.

Novembre 2020. Occlusion intestinale.

Direction les « Urgences » du centre hospitalier. Le « CHUM » pour les Martiniquais.

Janvier 2021. Verdict : cancer du pancréas.

Chimiothérapie : « Nous allons tenter deux protocoles. ». Quand j’interrogeai une des professionnelles sur l’évolution de la maladie, elle refusa naturellement de me répondre. J’hasardai « un an ? ». Les yeux de mon interlocutrice se levèrent vers le ciel : je compris qu’elle me signifiait mon optimisme. J’hasardais  » 6 mois ? » L’inclinaison de la tête qui fuyait mon regard, sembla indiquer que j’étais plus près de la vérité.

Béatrice repoussa les limites à 21 mois.

L’évolution de la tumeur ne permettait pas d’opération mais des soins quotidiens étaient indispensables. Bientôt, suite à la deuxième occlusion, le système digestif a été condamné, nécessitant une alimentation par le jéjunum, directement dans l’intestin. Fi de l’estomac devenu inopérant.

A cette époque des mouvements sociaux, souvent violents, secouaient La Martinique : nous étions en plein dans l’épisode « Covid« : épidémie, pandémie.. Les soins hospitaliers et à domicile ainsi que l’accompagnement des malades était très perturbés. Chacun vivait dans le confinement. Nous vivions reclus à notre domicile. Les contacts avec les autres humains étaient proscrits, limités au strict minimum. Béa avait auparavant une activité associative et sportive intenses. L’isolement était très lourd à supporter moralement.

Pourtant, nous recevions, chaque jour, un rayon de soleil: Christelle, l’infirmière. L’endroit où pénétrait la sonde gastrique dans le ventre exigeait des soins attentifs et méticuleux. Les soins d’une professionnelle. Mais Christelle n’était pas que cela. Elle était – est toujours – auteure, compositrice, interprète et animatrice radio. Elle est Manm’zel Krys! Nous étions en terrain de connaissance. Il n’était pas rare que, tout en s’activant sur Béa, elle nous proposait une mélodie qui avait germée dans sa tête « sur la route » et nous échangions tous les trois sur « ses vibrations ».

Repli vers la France métropolitaine.

Nous décidions, donc, de partir vers la France métropolitaine. Béa fût accueillie au centre hospitalier Oscar Lambret à Lille réputé pour ses actions contre le cancer et l’accompagnement des malades. Les diagnostiques martiniquais et lillois étaient identiques, les prescriptions les mêmes…Mais l’espoir renait quand le médecin qui nous prit en charge, incita Béa à partir en vacances en Corse en juin 2022. Nous convenions quelques heures après la consultation, aussi alléchante que fût la proposition, que la forme physique de Béa ne permettait pas de réaliser « ce rêve » offert par nos enfants. Depuis le début de la maladie, Béa a fortement maigri. Elle pesait alors 40 kilos. Elle descendra à 35… A partir de ce moment, il fut demandé à Béa de ne plus se peser.

Combat ou résignation ? Je ne saurais dire, mais jamais en 21 mois elle n’exprima d’angoisse à l’exception de sa gestuelle face à ce ne je sais quoi dans les ultimes secondes.

Voyait-elle ? Savait-elle !

à suivre…

Etienne Lallement – de septembre 2022 à août 2024

Post scriptum – « écrire » : une catharsis ? Une libération ? Peut-être. Une joie, sans aucun doute, mais une joie au forceps pour mieux se connaître soi-même. *Je vais continuer de narrer cette expérience forte de vie. À bientôt!

photo en titre : reflet de Béa dans un miroir lors de la visite du fort d’Amber en 2014

Fort d’Amber – Rajasthan – Inde

« N’importe quoi! » aurait dit mamie. 02

Béa à Agra – Uttar Pradesh – Inde – 22 mars 2014

suite de « N’importe quoi! » aurait dit mamie…01

Préambule

Dès mes vingt ans, je me goinfrais des œuvres de Freud – nous sommes né le même jour – et de ses disciples… La suite de ma vie me fit prendre mes distances de ce qui devenait, peu à peu pour moi, une école dogmatique pour le peu « psychorigide« . J’avais déjà, auparavant, repoussé aux confins de ma conscience, la religion de mon enfance. En 2013, j’arrivai en Inde, à Chennai – naguère Madras – capitale du Tamil Nadu. Je suivais Béa dans sa migration professionnelle. Je me coulais dans la « culture indienne » : arts, philosophies, religions… Les « néo-hindouistes » – quel vilain vocable – m’attirèrent de prime abord – Râmakrishna, Vivekânanda, Ramana Maharshi, Mâ Ananda Moyî, et bien d’autres… Bien sûr, par une voie plus pragmatique, Béa et moi allions aussi à la rencontre des Indiens dans leur quotidien. Ils étaient essentiellement les membres, hommes et femmes, de l’entreprise Maersk-Line. Béatrice avait pour mission de les former aux mystères du commerce français.

En mars 2001, j’avais absorbé, mais mal digéré, la « Psychologie de l’inconscient« . Je retrouvais Carl Gustav Jung en ces premiers jours indiens par le biais de « Psychologie du Yoga de la Kundalini« . J’en restai là avec le maître allemand, ayant fort à faire avec les « maîtres autochtones ». Indigènes.

La rencontre d’un Brahmane me permis d’approfondir mon immersion en culture inconnue. Il ne devint pas mon « guru », mais me permis de fréquenter l’ashram « Ramakrishna Math« , fondé sous l’impulsion de Swami Vivekananda il ya plus de 100 ans à Chennai .

Les leçons de l’Inde me confirmèrent ce qui m’avait fortement marqué par ailleurs, que l’essentiel était « d’être en constante disponibilité d’esprit et en permanente réceptivité spirituelle ».

Il m’a fallu au fur et à mesure de l’ingestion de ses riches miscellanées, les infuser, les distiller, les digérer plus ou moins facilement, les confronter à ma propre culture, les oublier pour mieux m’enrichir : la substantifique moelle se révèle quand les textes ont disparu, dissous par les sucs de la macération intellectuelle et spirituelle. La méditation.

Après deux ans au Tamil-Nadu, les tribulations de Béa, nous firent accoster en Martinique. Notre boulimie de « contacts humains » et de « communions », ne faiblissait pas.

à suivre…

Les références des œuvres citées sont à la fin de l’article « N’importe quoi! » aurait dit mamie 01

Éclats Malgaches

A notre descente de l’avion, le temps d’arrimer nos valises sur le toit de notre taxi neuf-places baptisé pompeusement « Grand-Starex » et nous voilà partis vers notre hôtel.

Une heure de trajet hors du temps. Très vite, la misère borde les rues. Des enfants tout sourire empoignent notre véhicule par toute aspérité. Leurs doigts de préférence agrippent le caoutchouc des fenêtres. Ils courent au rythme de notre engin englué dans les embouteillages. Leurs sourires éclatant nous insultent. L’un d’entre eux lâche prise et aussitôt un autre prend la relève bravant le danger. A l’autre flanc de notre véhicule, des mères, souvent jeunes, adolescentes, leurs bébés dans les bras tendent leurs mains suppliantes. La lassitude et la désespérance ont terni, déjà, les éclats de jeunesse qui paraient, jadis, leurs visages d’icônes. Les vierges sont devenues martyres le temps d’un coït. Notre véhicule s’éloigne. Les sourires juvéniles et maternelles s’estompent. Ils retournent à leur quotidienne grisaille attendant des hôtes plus généreux. Deux ans de vie en Indes m’ont appris que notre « générosité » doit être ciblée et discrète au risque de provoquer des querelles, des rixes, voire des émeutes autour de soi.

J’ai revêtu mon costume, ceint mes décors de « dignitaire » franc-maçon : je ne me sentais pas « à l’aise ». Malaise… Mes « ors » tremblaient, fébriles, face aux oripeaux, guirlandes indécentes, oriflammes de misère qui agitaient la rue. La pompe maçonnique peut-elle creuser un nid dans l’abject ?

La pauvreté est l’émulsifiant de la dictature. Un peuple maintenu dans la misère mange dans la main du dictateur et y abandonne sa liberté. La becqué et le verre d’eau confortent l’être dans sa condition d’esclave. Ce sont les bourgeois qui font la révolution.

A l’allumage du triangle « Lapa Masoandra » – Palais du Soleil -, le temple était décoré de 27 représentations : Dignitaires, Vénérables et Maîtres rivalisaient de « pompes ».

Après réflexions…

Le peuple malgache, comme tout autre et plus que tout autre, a besoin de la Franc-maçonnerie. Apprendre à lire et écrire, éduquer l’esprit critique… aux plus humbles. Un être qui porte un tablier d’apprenti, de compagnons, une écharpe de maître est un être sur la voie de la libération.  La révolution n’est pas de notre fait, nous « l’étranger » : seul, nous incombe la « transmission ». De longs et pénibles efforts sont, seront nécessaires. Longtemps !  Avec le temps, tout arrive pour ceux qui veulent s’en donner la peine.

A nous, il appartient de donner des « impulsions », des « outils » : pas plus !

Madagascar aux Malgaches. L’Art Royal pour tous.

Nous rentrons de tenue : notre véhicule contourne un homme couché sur la chaussée. Il est reniflé par des chiens. Il est vivant. Encore. Notre hôtel est à quelques mètres.

Au risque de déplaire,

Texte et photo- Etienne Lallement – le 9 avril 2024

Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madagascar

Musique de renaissance! Ode de résurrection!

C’est un bonheur pour nous d’assister aux concerts qu’offre l’ensemble de musique de chambre « Quintette de La Martinique » au soleil couchant sur la plage du Carbet au sein du restaurant « Le Petibonum ».

Mais, depuis un certain temps, l’épidémie virale covidienne étant passée par La Martinique le soleil se couchait sous la vague sous les seuls bruissements de la nature tropicale. Les couvre-feux renouvelés privaient l’astre de ses adorateurs.

Vers la fin de l’année 2021, l’espoir renaissait. Un vent de folie destructrice devait encore retarder le retour des harmonies. Une ou des mains meurtrières allumaient un incendie qui détruisit jusqu’au sable le Petibonum et son voisin le Pélican.

Les yeux se tournèrent rapidement vers les opposants à un projet immobilier porté par Guy Ferdinand qui clamèrent leur innocence. Puis un courrier signé « Matinik Doubout » arrivait chez trois restaurateurs leur signifiant que les établissements exigeant le « Pass Sanitaire » subiraient le même sort incendiaire…

Très vite, un élan de solidarité unissant des professionnels, le personnel, la mairie du Carbet, des anonymes… répondait à l’appel du propriétaire du Petibonum pour sauver l’établissement de la faillite.

Voilà 16 ans que l’activité prospère sur la plage où nait la mer des Caraïbes. Le soleil ne s’y est pas trompé. Il a choisi cet horizon pour prendre en un spectacle grandiose toujours renouvelé, ses quartiers nocturnes.

Il ne faut pas s’arrêter à la dénomination « de plage » pour qualifier les plats proposés à la clientèle. Autour de notre table, écrevisse sauce créole, loups boucanés et burger Roger aux épices prouvaient une carte recherchée et originale. Et pourtant, faire une cuisine d’une qualité certaine sur des instruments qui relèvent plutôt du barbecue géant est un miracle ou la preuve d’un professionnalisme hors-paire.

En cette soirée du 19 février 2022, les musiciens du Quintette de La Martinique s’unirent pour un Te Deum de résurrection en proposant une ballade crépusculaire du Baroque à aujourd’hui. Haendel, Rameau, Bizet, Ravel, Gluck, Piazzolla nous enveloppèrent de leurs mélodies jusqu’à la nuit.

Petit bémol : la destruction du carbet de bois où les musiciens s’épanouissaient autrefois ne permet pas une bonne diffusion des sonorités dans toutes leurs subtilités. Mais patience ! Le maître des lieux a promis qu’il reconstruira « très vite et que se sera mieux qu’avant« .

« ki ka pliyé mé ki paka kassé »

L’acculturation et les bains de haine mènent à l’irréparable pour la main criminelle et pousse la victime à se sublimer.

Etienne Lallement – le 23 février 2022 – Saint-Joseph – La Martinique –

https://fr-fr.facebook.com/lepetibonum/

https://fr-fr.facebook.com/QCMartinique/

EXPO PHOTO: « Voyage en Orient »

PROCHAINEMENT:
Photographies de Pascal Brunet réalisées lors d’un road trip dans l’Arunachal Pradesh, le Nagaland, l’Assam (Inde du Nord) jusqu’en Birmanie. Des scènes de vie au quotidien d’une population extraordinairement accueillante, tellement loin de l’effervescence du monde moderne !
Du monastère de Tawang, situé à la frontière du Bhoutan, jusqu’à l’île de Majuli sur le fleuve Brahmapoutre et le parc national de Kaziranga, je vous propose une plongée dans l’intime des habitants de ces régions. Des gestes simples, des regards, des échanges fugaces mais authentiques…

Pascal Brunet photographe – contact : pascal-brunet.com – expo : La Pescherie – Chaussée Brunehaut – Sainte-Catherine-les-Arras – Pas-de-Calais – Haut-de-France – France

8Q36+FH Sainte-Catherine

A noter sur vos agendas, du vendredi 03 décembre 18h30 au dimanche 05 décembre 18h00.

Cathédrale de verts…

L’épidémie de Covid 19 a, quelques temps, limité nos déplacements à un seul kilomètre autour de notre habitation. Nous avons donc décidé d’explorer ce périmètre à pieds.

Nous ignorons trop souvent les richesses qui gisent à notre portée la plus immédiate.

Nous avons découvert une flore et une faune exubérantes…et des voisins sur la porte de leur habitation. Ceux-ci, souvent, nous saluaient et bientôt, certains finirent par engager la conversation.

L’un d’entre eux nous a même ouvert le portail de sa propriété et permis de nous aventurer dans les sentes d’une forêt – tropicale bien sûr – où très peu de gens s’aventurent. Beaucoup de terrains restent en friche sur l’ile de La Martinique.

« Descendre à la rivière » était notre but. La rivière « Monsieur« . Tel est son nom.

Un épais matelas de végétation accueille nos pas. Le bois mort craque sous nos chaussures. Bientôt, le seul bruit de l’eau nous attire vers le bas de la pente. Des enlacements de bambous dressent des vestiges gothiques par dessus nos têtes.

Des entrelacs de lianes et de branchages secs et cassants nous barrent souvent le chemin que nous retraçons. Nous n’avons pas de machettes, mais nos mains et nos pieds nous suffisent à frayer. Le balisage nous permet de trouver notre voie sans trop de difficultés, mais de gros arbres abattus nous obligent à quelques enjambées ou même quelques détours.

Les pluies ont précipité le bois fragile sur le chemin, creusé des ravines, miné le terrain et les rhizomes peinent à retenir la terre délavée.

A un détour, un arbre multicolore s’illumine sous le regard solaire perçant la canopée. Plus loin, quelques autres s’irisent et éclairent notre chemin. Dans cette cathédrale de verts, chacun de ces fûts est un vitrail.

Le bruit de l’eau se fait plus intense au fur et à mesure de notre descente. Nous croisons un tronc à l’agonie. Il se balance mollement et tend vers nous ses longues épines comme un ultime geste de défense et de révolte.

Et bientôt, le torrent apparait charriant une fraicheur salvatrice, sautant de pierre en pierre et chantant un hymne connu de lui seul. Un hymne de paix. Un refrain de liberté. Une mélodie de bonheur…

Mais il nous faut déjà remonter. Enchantés!

Un aller-retour d’une heure et demi pour un kilomètre et soixante mètres de dénivelé. Quatre vingt dix minutes de pur bonheur qui résonnent encore longtemps après notre retour malgré les bruits de la route de Redoute.

Etienne Lallement – le 03 octobre 2021 – à Saint Joseph – La Martinique

La fièvre des palmacées

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Georges Pastel

Nous étions une bonne vingtaine. A l’invitation de Pascale, nous sommes partis dans les hauteurs de Rivière-Pilote en Martinique, à la découverte d’un magnifique jardin consacré exclusivement, ou presque, aux palmiers. Nous sommes accueillis à la porte du temple par le grand-prêtre des lieux, Georges Pastel qui voue une bonne et ultime partie de sa vie à la recherche, l’étude, la culture et « l’élévation » des fruits de sa passion.  « Temple » et « grand-prêtre » ne sont pas excessifs pour cette cathédrale de stipes. L’œuvre s’élève en gammes subtiles. Elle tresse ses houppiers, pennes ou palmes, en divergences et convergences en une canopée tantôt romane, gothique, ou byzantine.  Nos voix s’unissent aux voix célestes qui, en notre absence, règnent ici en maître loin des tumultes. Notre chœur   porte les louanges à cette nature méconnue et à son célébrant en son Naos.

La voix douce de Georges impose le silence et distyle sur le parcours ses prières « latines ». L’homme parle de sa passion. Il ne les nomme qu’en nobles noms savants. La langue de Cicéron évite du vulgaire, les confusions. Plus de 350 espèces en son jardin. Rarement la mémoire fait défaut à cet « arécaïnomane ». Il se définit lui-même en « addict », en drogué des palmiers. Passion dévorante. Amour.

Des noms s’échappent et passent. Des noms nous interpellent : Cocos, Copernicae, Corypha, Latania, Phoenix, Raphia… Les résidents viennent du monde intertropical et notre esprit voyage dans le sillon des paroles de l’homme de palmes.

A rencontrer, à communier…à communiquer!

Visite du 19 août 2018

Etienne Lallement

Domaine de « La Palmas »

Palmiers de Collection et de Décoration

Concorde

97211 Rivière-Pilote

La Martinique

0596 62 61 44

georgespastel@gmail.com

Les yeux d’une femme…

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« Béa » – Noël au Kérala – 25 décembre 2013 –

Il n’est rien de plus impudique pour un homme que de regarder les yeux d’une femme. Scrutant son sexe, il n’ira jamais plus loin que les trompes de Fallope.

Qu’il la fixe dans les yeux, il ira jusqu’à son coeur…et peut-être… son âme.

Etienne Lallement – 19 juillet 2018 –

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réflexions…Interrogations…

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Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Les événements de notre vie nous font réagir…ou non. Nos critiques fusent plus rapides et plus vigoureuses que ne le font nos louanges ou plus simplement nos satisfecit. Et que dire de nos réactions en actes trop souvent inexistantes?

Jeudi 21 juin 2018. Je tombe d’une échelle. Direction les urgences du Centre Hospitalier Universitaire de La Martinique. Plus précisément, l’hôpital Zobda-Quitman. Le service est flambant neuf dans une aile récemment construite.

Quelques rares personnes attendent dans le hall de réception. Une affiche annonce que « Suite à l’absence de personnel de RADIOLOGIE, seul les examens en urgences seront réalisés. ». Déjà il m’est demandé de remplir le document d’admission, puis mon nom est appelé dans la foulée pour pénétrer dans « le soin des soins ». Trois personnes attendent. Elles seront absorbées par le service, le temps qu’un aimable aide-soignant ou infirmier me prenne tension et température, puis palpe ma cuisse contusionnée dans la chute. Aussitôt fait, je suis dirigé vers la radiologie ou je stagne, seul, à peine dix minutes. Dans mon cheminement, je croise une banderole proclamant la grève d’une partie du personnel de ce service. De retour dans la salle d’admission que déjà une interne m’emmène dans un bureau pour me parler de mon état après lecture des clichés. Elle invite son « patron » à confirmer son diagnostic. Il lâche un laconique : « ça a pété ! » – il parle de mon trapèze – et demande à ce que je sois dirigé vers le service « SOS Mains ».

Même enceinte. Autre monde. Situé dans l’ancien bâtiment… le délabrement du lieu interpelle. Le service affiche sur sa porte ses honorables classements depuis des années attribués par le magasine « Le Point ». Cela rassure.

Une personne mordue par un chien à la main me double sur la ligne d’arrivée chronologique. Pour la première fois depuis mon arrivée, il m’est demandé de patienter. Je le fais de bonne-grâce pendant une petite heure. Puis vient mon tour. Trois personnes, des plus aimables, s’occupent de moi et l’une d’entre elles demande, par téléphone, une confirmation des soins à apporter à mon vieil os brisé. L’intervention la plus longue fut l’extraction de mon alliance de mon doigt gonflé. Deux d’entre mes soignantes se souviennent d’une technique employée par des collègues absents. Et voilà que chacune, l’une après l’autre, me spirale un lien de sac poubelle autour de l’annulaire, enchevêtre et mon doigt et mon alliance et tire sur le lien qui ne cède en rien. L’une d’elle sort d’un sac stérile une respectable pince que l’on penserait plutôt trouver dans une trousse de plombier plutôt qu’ici… Heureusement, elle renonce à son entreprise de cisaillement et préfère opter pour un bidon de savon liquide. Et c’est aux cris répétés de parturition proche de la délivrance – « ça vient ! ça vient ! » – que la saponine onction me délivre enfin du lien conjugal ! J’étais à un doigt de sortir de l’hôpital plus amoché qu’à l’entrée. Une inqiétude amusée quelquefois, mais le tout s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur.

Avant de quitter l’enceinte hospitalière, j’hasarde une question auprès d’un membre du personnel : « J’avais été admis aux urgences, il y a un peu plus d’un an et à cette époque le service était saturé. Pour une admission à vingt heures trente, j’avais quitté le service à plus de quatre heures, le lendemain matin… pour un simple saignement de nez ! »… La réponse me stupéfie : « C’est toujours aussi saturé, mais aujourd’hui, il y a match ! ». Mon interlocuteur ne semble pas plaisanter. En effet, mon admission a été effectuée pendant le match de poule éliminatoire de la Coupe du Monde de Football : l’équipe de France affrontait le Pérou !

Première interrogation : comment un simple match de foot peut désengorger un service d’urgence ? L’activité des humains suspend son vol. Plus d’accidents domestiques ? Plus d’accidents du travail ? Les bobos peuvent attendre : « Y-a pas l’feu ! ».  Les accidents peuvent-ils être « à effets retardés » ? Je me pose la question: la solution aux problèmes des services d’urgence n’est-il pas plutôt chez les patients qu’au sein de l’hôpital ?

Deuxième interrogation : Il m’a été prescrit 80 gélules de paracétamol et 32 gélules de paracétamol  renforcées de codéine ,  » si la douleur devenait insupportable!« . Quel est, désormais, l’attitude des « occidentaux » face à la douleur ? Il faut bannir la douleur. A tout prix. A tout coût de médicament. L’être humain naît avec un capital de résistance face à la douleur. Enrayer la douleur dès son apparition, avant même son apparition, ne nous rend-il pas plus fragile ? Moins résistant ? Celui qui détient la clef de notre douleur ne sera-t-il pas, demain, notre maître ?

Certains craignent les pays « pauvres » et les flux migratoires. Ceux-ci nous sont déjà supérieurs par leur résistance à la misère, à la guerre, aux épreuves de toutes sortes…à la souffrance. Ces peuples ont gagné leurs « résistances » dans des combats quotidiens. Que pesons-nous, nous élevés dans une civilisation « anesthésiante » repoussant par des artifices et des chimies, nos  maux devenus insupportables. Même les plus modestes!  Nous sommes devenus la nouvelle « race » des esclaves : les plus résistants deviendront les maîtres. Deviendront nos maîtres. Notre défense est la grogne, la vindicte et le transfert de nos propres responsabilités, dernières armes de pseudo-révolutionnaires refoulés.

Choisissons nous réellement nos chaînes? Est-ce une utopie de vouloir ne pas être esclave?

Ne sous-estimons rien des moindres aléas de la vie. Un petit os brisé…

Etienne Lallement –  12 juillet 2018

photo: mémorial de l' »Anse Caffard » – Le Diamant – la Martinique