Kerala 04 : Perdre la tête

Fort Kochi. Près de la synagogue.

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J’écarte quelques vieux journaux souillés. Un regard goguenard, mais noyé de tristesse me fixe. Qui a déposé contre la margelle de ce puits, sur ce parking sauvage, ce visage buriné et dans quelle intention. L’histoire de ce faciès doit être bien longue et les lèvres closes semblent avoir beaucoup à dire. Beaucoup à raconter. Raconter une histoire, raconter son histoire. Celle d’une pierre arrachée à la montagne et soumise au burin du tailleur de pierres. De cette pierre brute, l’artiste a tiré ce masque. Avait-il sous le maillet de sa naissance ce même regard désespéré qui semble nous dire, telle une épitaphe, semble nous répéter : « j’ai été ce que vous êtes, vous serez ce que je suis. ».

Mais je rêve que cette tête ennoblissait un bas-relief voué à la destruction et que la main qui levait l’outil sacrilège du démolisseur fut retenue par son maître vaincu par ce regard profond, ce regard d’humanité. Ce regard désespéré.

Kérala 01 : Héritage Chinois

– KERALA – FORT KOCHI –

Filet de pêche chinois utilisés ici depuis 1350

Filet de pêche chinois utilisés ici depuis 1350

En 1341, des conditions climatiques calamiteuses formèrent, par la force des eaux, un port naturel. Cela fit l’affaire des colons et des marchands venus du monde entier. Ils firent la fortune de Cochin. Au XVIème siècle, les Portugais édifièrent une forteresse. Fort Kochi fut ensuite occupé par les Hollandais, puis les Anglais. Tous y ont laissé des traces. A l’époque de Marco-Polo, l’amiral chinois Zeng He, sous l’autorité de l’empereur Kubilai Khan, y fit escale en 1350. Son passage y fut suffisamment marquant pour laisser aux autochtones une technique de pêche particulière. La pêche au carrelet y est toujours en activité, sans doute maintenue artificiellement pour son attrait touristique.

Il faut dire que le travail est harassant. Pour quelques roupies, les touristes peuvent jouer au « pêcheur ». L’effort de quelques minutes démontre, à peine, la pénibilité d’un travail peu productif. A chaque remontée, quelques petits poissons peu appétissants s’agitent dans le filet. La pêche, quand elle n’est pas motivée par l’attrait des visiteurs, se pratique essentiellement le nuit, au fanal, la vente se faisant, sur place, dès le petit-matin.