
La gageure: ouvrir une fenêtre sur la région de mon enfance à mes amis Mireille et Marc en cinq jours!
Fraichement débarqués en gare de Lille-Europe, ils viennent de quitter, cinq heures plus tôt, Marseille. Il ont, en tête, la caricature qui caractérise les régions « qu’on n’a jamais visités« , affublées de « on-dit » souvent dénigrants. Il me faut compenser la perte de dix degrés – au moins – par la chaleur de mon accueil. Il pleut.
La chanson d’Enrico Macias se « ritournelle » dans ma tête : « Les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu’ils n’ont pas dehors »! Suis-je rayonnant ou triste comme la pluie qui bat de pavé? Je compose. La pluie a ses charmes. La bannir serait trahir mes racines.
Lille vient de nettoyer trois jours de « sa » Braderie. Elle a débarrassé les places publiques des valves mytilicoles.
Premier repas pour mes amis: moules-frites au restaurant La Chicorée. La salle de restaurant est bondée. Nous sommes invités à déjeuner sur la terrasse. Elle est un piège à courants d’air. La tonnelle résonne des claquettes de la pluie qui gifle le plastique. La caricature se renforce. Heureusement, les trois couches de polaire superposées de mes invités leur permettent de résister. La brasserie a osé inscrire sur son site internet : « Notre terrasse ensoleillée vous attend ! ». Faute de soleil, les Lillois ont de l’humour!

La pluie nous accompagne pour un tour limité du centre-ville. La place du Général De-Gaulle. La Vielle-Bourse rutile malgré le temps maussade: les bouquinistes peinent à protéger leurs trésors de papier.
Nous ressortons sur la place. Un rayon de soleil esquisse une apparition: « Marco! Vite un selfie! « . Malgré ce rayon, c’est Marc aux polos, aujourd’hui!

Départ pour Bruay-La-Buissière.
Deuxième jour: le Louvre-Lens.
Quelle belle et bonne idée d’avoir décidé d’accueillir en terre minière ce surgeon du célèbre musée parisien, même si cette folie coûte « relativement » cher… Le coût d’investissement pour la construction du musée du Louvre-Lens a été de 201 millions d’euros. Ce n’est pas du gaspillage! Loin de là!
- Si nous comparons avec les armes de guerre: La France a commandé un total de 234 avions Rafale. « Un seul Rafale M (version marine) est estimé à environ 79 millions d’euros. (234 X 79 = plus de 18 milliards d’euros). L’heure de vol du même avion est estimée à environ 20 000 euros ». Ces chiffres ne sont que des estimations « d’experts » (?)«
Qui ose dire que la « culture » coûte cher? La visite de la Galerie du Temps est gratuite! Cette « gratuité » a étonné mes amis. La déambulation dans « le temple du beau » vaut le déplacement à elle seule! Emerveillement pour tous. La Galerie du Temps va nous prendre, nous captiver, nous emmener pour un voyage international extraordinaire dans le temps et l’espace où chavirent, bientôt, l’Histoire et nos imaginations galopantes.

L’immense salle résonne d’un silence étonnant: de nombreuses classes d’écoliers naviguent d’œuvre en œuvre en chuchotant si besoin, glissant de pas feutrés. Le lieu impose le respect aux plus turbulents.



Pour le déjeuner, retour à La Buissière chez Jean-Claude et Marie-Hélène. Le Tamil-Nadu et La Martinique nous avaient déjà, plusieurs fois réunis. Souvenirs! Souvenirs!
Troisième jour: nous restons à Bruay-La-Buissière et environ.
Août 2022: mon ami Marc m’a offert un livre: « Le Trésorier-payeur » de Yannick Haenel. L’histoire se propage de Béthune à La Buissière: Labanque, Emmaüs, le restaurant face à l’église de La Buissière. La Confrérie des Charitables de Béthune y tient une place majeure. L’auteur, un breton, était venu en 2007 pour participer à l’inauguration de ce qui est devenu un centre de culture dans le chef-lieu d’arrondissement. Au travers de cette œuvre, l’auteur nous pose la question: Comment être anarchiste et travailler dans une banque ?


Le seul passage antérieur de Mireille et Marc dans la région était pour venir me soutenir lors des funérailles de mon épouse, Béatrice. L’église et les Charitables de La Buissière ont marqué leur mémoire. Un passage devant Labanque à Béthune, une visite du site d’Emmaüs ont complété pour eux le décor de ce roman.
Château de La Buissière

Ici, seul subsiste le donjon. De huit siècles d’aventures, de bonheurs et de drames, il ne reste que ce doigt de pierre dressé vers le ciel en guise de défit au temps. Notre mémoire a besoin de pierres.
Cité des électriciens

Où sont donc les corons de mon enfance? La cité des électriciens a été transformée en petit jardin propret où je ne reconnais pas le Bruay-en Artois « minier ». Mes amis ont du mal à imaginer la réalité d’il y a 60 ans. Les mots me manquent. La confusion mêle à la fois « Bienvenue chez les Ch’tis » et mes explications confuses d’un passé révolu! Quatre voitures de « touristes », dont des Néerlandais, stationnent près de l’entrée. Tout est fermé. Aucune âme qui vive. Aucun accueil. Il est midi. Les quatre véhicules quittent la scène: déceptions et fausses idées d’un passé que d’aucun prétend « historique » et « héroïque »! Une autre fois, j’entraînerai mes amis à Lewarde. Une autre fois…
Château Elby

Petit arrêt devant le château Elby. Ancienne demeure du directeur des mines, l’immeuble fut transformé en la maternité en 1948. J’y poussais mon premier cri en 1951. Laissé à l’abandon pendant plusieurs années, il se transforme actuellement en logements. 24 « nouveaux châtelains » devraient investir les lieux à une date encore indéterminée.
Le soir: une carbonnade flamande « maison » chez Thérèse et Didier.
Quatrième jour : direction Arras


Heureusement, le soleil, quoique timide, était de la partie. Déambulation dans les rue du centre et découverte des places. Ici, je peux faire un guide « honorable ». J’ai trainé mes guêtres de 1967 à 1970 dans le cité d’Adam de La Halle: le centre Baudimont était encore « Le Petit Séminaire d’Arras »! « 1968 » est passé par là…et j’y étais!
Emotion: nous passons devant l’entrée de la Cité Scolaire Gambetta-Carnot où a été assassiné le professeur de lettres Dominique Bernard le 13 octobre 2023. « Plus jamais ça! ».
Le temps de prendre un café et nous voilà partis vers la Carrière Wellington. Mes amis de s’étonner: la guerre 14-18 ne se limite pas à Verdun! Loin s’en faut! Nous avons pu apprécier les qualités de ce « mémorial » de la bataille d’Arras. L’accueil y est chaleureux. Notre guide bilingue est excellente dans sa mission de nous entrainer à 20 mètres sous terre pour nous conter les préparations aux combats et la vie quotidienne des « bidasses » venus de loin. Parmi eux des tunneliers Néozélandais: des bâtisseurs en creux pour de troglodytes guerriers enterrés vivants avant l’assaut.

Nouvelle étape mémorielle : Le Mémorial de Vimy:


Cette enclave de terre Canadienne en France a été abreuvée du sang de 66 000 soldats canadiens tués au combat entre le 9 et le 12 avril 1917 sur l’espace des 3 villages de Vimy, Givenchy-en-Gohelle et Thélus …
« plus jamais ça! » proclamait-on après la guerre……………..1939 prouva que non: le « plus jamais ça » n’était qu’illusion »!!! L’actualité renforce cette preuve. Le pire est-il à venir porté par des technologies létales et destructrices toujours plus performantes? Et sans doute des « décisionnaires toujours de plus en plus irresponsables, de plus en plus fous! »
Notre-Dame-Lorette et l’ Anneau de la Mémoire



La plus grande nécropole de France : 42 000 soldats de la Première Guerre Mondiale y sont enterrés. Sur l’Anneau de la Mémoire sont gravés les noms de 580 000 noms de soldats morts sur le champ de bataille. Les noms s’affichent par ordre alphabétique sans distinction de nationalité ni de grade.
Les Indiens de l’Inde du Sud ont abandonné un lourd tribu et leurs noms sont dispersés parmi les milliers d’autres sur cet Anneau. Dans leur lointain pays : un monument de Chennai en Inde commémore leurs sacrifices.
« Plus jamais ça! »….et pourtant! Selon la Croix Rouge, 120 conflits sont encore recensés à la surface de la terre en 2025!
Cinquième jour: direction Saint-Omer
Un premier arrêt. J’ai un coup de coeur pour la collégiale de Aire-sur-la-Lys.







La cathédrale de Saint-Omer
Beaucoup de souvenirs pour moi. L’abbé Lucien Bello – curé et aussi grand organisateur de voyages – m’avait dès son arrivée à Saint Omer, offert une visite privée et très documentée de « sa cathédrale » qui l’éblouissait. Je partageais vite son éblouissement. Cela le changeait de l’église paroissiale de Montigny-en-Gohelle. Avant d’atterrir, à Saint Omer, il avait officié à Marles les Mines, Bruay-en-Artois [église saint-Joseph], vicaire en la Cathédrale d’Arras, Montigny-en-Gohelle et enfin Saint-Omer. 60 ans de sacerdoce, 21 600 messes célébrées selon ses propres calculs.







Cathédrale de Saint-Omer : détails
Après les pierres, la bière: visite de la Brasserie Goudale.



Ici encore l’accueil est des plus cordial. Après un petit film contant l’histoire de la marque, visite guidée de la brasserie – familiale et artisanale – qui produit plus de 2 millions d’hectolitres par an et continue de progresser.
J’ai vécu plus de 6 ans en Martinique: tout naturellement, je m’intéresse à la Goudale « G de Goudale Rhum Finish » parfumée au rhum de la Martinique!
Pas de visite sans dégustation avec – bien sûr – modération.
Pour terminer la visite, la boutique propose les produits à des tarifs très avantageux.
Ainsi se termine la visite éclair de mes amis Mireille et Marc…

Les voilà déjà repartis vers Marseille et le Bonne Mère! Dans ma tête se bousculent tout ce que j’aurais pu encore leur faire découvrir! Mes parents et amis viennent aussi grossir la liste des « T’aurais pu »...en effet « J’aurais pu »…
Mais ce n’est qu’un au revoir…
Etienne Lallement – le 20 octobre 2025 – Photos Marc Volpes et Etienne Lallement.
pour en savoir plus « cliquer » sur les liens en bleu







































