J’ai été prier… (01)

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J’ai été prier… ou plutôt, j’ai été partager la ferveur des musulmans jusqu’à la mosquée Haji Ali Dargah  plantée dans les eaux de la mer d’Oman et reliée au rivage par un mince ruban d’un kilomètre de terre bitumée où serpentent, chaque jour à marée basse, plusieurs dizaines de milliers de pèlerins. Les uns tout en retenue, les autres plus démonstratifs d’une foi exubérante, défilent patiemment devant le tombeau de Sayed Peer Haji Ali Shah Bukhari, un riche marchand du XVème siècle qui renonça à sa fortune après son retour de La Mecque.

Les jeudis et vendredis, ils ne sont pas moins de 40 000 – 80 000 pour la semaine – à s’engager dans ce cordon humain vers le blanc minaret . Quelques soient la foi et la religion, ici l’on vient pour obtenir les faveurs du saint: les uns s’inclinent plein de respect par dessus le tombeau, d’autres en criant leurs prières épongent la sueur de leur front et leurs larmes d’espoir ou de désespoir avec les pans de la chaddar rouge et vert couvrant la pierre tombale. La foule est si dense que les gardiens du lieu saint poussent ou tirent, une à une, les vertèbres de ce mille-pattes géant qui ont à peine le temps d’esquisser une courte prière ou un simple geste de dévotion.

Depuis la côte, depuis l’enceinte citadine de Mahalakshmi, l’immaculé Dargah Sharif, éclatant de soleil, semble un diamant incrusté dans le velours sombre de la baie de Worlie.

J’irai prier…

Soleil couchant sur Mahabalipuram

Soleil couchant sur Mahabalipuram

« Notre mot d’ordre sera donc d’admettre et non pas d’exclure. Non pas seulement tolérer, car la soi-disant tolérance est souvent un blasphème et je n’y crois pas. Je crois qu’il faut admettre le point de vue des autres.Pourquoi serai-je tolérant? Tolérer signifierait que je crois que vous êtes dans l’erreur et que je veux bien vous laisser vivre. N’est ce pas blasphémer que de penser que vous et moi conférons à notre prochain le droit de vivre, J’accepte toutes les religions qui ont existé dans le passé et j’adore Dieu avec chacune d’elles, quelle que soit la forme sous laquelle elle L’adorent. J’irai à la mosquée du musulman; j’entrerai dans l’église du chrétien et je m’agenouillerai devant le crucifix; j’entrerai dans le temple bouddhique, et j’y prendrai refuge dans Bouddha et dans sa loi. J’irai dans la forêt et je m’assiérai pour méditer aux côtés de l’hindou, quand il cherche à voir la Lumière qui illumine tous les cœurs.

 Non seulement je ferai tout cela, mais encore je garderai mon coeur ouvert à toutes les religions qui pourront venir plus tard. Le livre de Dieu serait-il terminé? N’est ce pas plutôt une révélation continue qui se poursuit toujours? C’est un livre merveilleux que forment toutes ces révélations spirituelles. La Bible, les Védas, le Coran et tous les autres livres sacrés en sont autant de pages et il reste encore à tourner un nombre infini de feuillets. ».

Vivekananda (1836-1902)  – Conférence faite en l’église universaliste de Pasadena, Californie, le 28 janvier 1900.

extrait de : Jnâna-Yoga – Swâmi Vivekânanda – Spiritualités vivantes – Albin Michel