Lettre à Anélia

En réponse à ton message du 27 décembre 2018 suite à mes vœux 2019:

« Tout est simple et limpide« .

Cela nous semble évident. A certains? A tous? Mais qu’en est-il du sens commun? Le sens commun n’existe pas…pas plus que « La Raison ». La raison est affaire d’individu. L’Histoire de l’Humanité n’est qu’affrontement de « raisons ». L’Ego se duplique dans la « raison ». Beaucoup, sinon tous – nous mêmes! – veulent imposer leurs principes de raison: l’ego devient tyran. Tyran pour l’autre. Tyran pour soi. Les tyrans sont de bonne foi.

« Pour tout faire bouger« .

Rien n’est immobile. Nous ne maîtrisons pas les flux. Tels des apprentis-sorciers, nous ne soupçonnons pas les effets de nos actes. Réaction, contre-réaction. Nous voulons inspirer, diriger dans le sens de « notre raison »? Nous ne maîtrisons pas l’attelage: il se cabre sous nos sollicitations. Convaincus. Quels sont nos arguments pour convaincre? Mais de quel droit? Nos concitoyens s’engluent dans la nostalgie et espérant des futurs immédiats qui chantent. Devons-nous les en dissuader?

Oublier le présent où ils oublient de jouir de ce qui « Est » – Être-étant -. Ils se font jouir d’artifices créés spécialement pour eux et par eux, pour occulter l’angoisse. « Je consomme donc je suis. Je ne pense pas, donc je suis.« . Les aspirations ne sont que combler un déficit, un vide de divertissements.

Notre humanité occidentale s’ennuie. Nos concitoyens se masturbent aux lumières artificielles. Ils préfèrent les lueurs des leds à porté de mains, à la lumière du soleil. Les faire bouger est une affaire de siècles. Iront-ils dans notre direction? Et pourquoi notre direction, même si nous sommes persuadés de son caractère aléatoire? Le chaos retournera-il au chaos. L’a-il seulement quitté? N’est-il pas de la nature du monde de n’être que chaos?

« Amour, compassion, humilité« 

Amour? Qu’est-ce que l’amour? Nous nous perdons en définitions aussi embrouillées que désespérées. Souvent ce que nous appelons « amour » est « ego-centré ». Il n’a pas beaucoup à envier aux artifices consolateurs et rassurants. L’amour sert, trop souvent, à rassurer l’aveuglant et l’aveuglé. La cécité est le confort de l’amour. Notre vie est illusion. La réalité se déguise. Il suffirait d’en déchirer le voile. Il suffirait d’en avoir le courage, l’envie, la volonté…et surtout de ne pas imaginer et échafauder ce que l’on cherche et créer un autre voile encore plus opaque. Plus résistant! Partager la souffrance…d’abord, ne pas faire souffrir soi-même. Mais la souffrance vient souvent du non-accomplissement d’un désir, d’un rêve…alors, doit-on aider à accomplir? La compassion doit-elle aider à renoncer? La souffrance physique serait-elle l’unique objet de la compassion? L’humilité est souvent le masque de celui qui ne veut entreprendre. « …sentiment qui pousse une personne à s’abaisser volontairement…« (Petit Robert) L’humilité est donc un voile qui cache la réalité de l’être. Soyons ce que nous sommes et ne masquons pas notre réalité dans nos actes du quotidien. Ne gaspillons pas notre énergie à composer « une image » de ce que nous ne sommes pas. Ton humilité rassure le dés-œuvré volontaire. Il ne faut pas que l’humilité soit un rempart face au regard réprobateur de l’autre en peine d’efforts.

« Aligner les cerveaux« 

N’oublions pas que l’humain reste, en ses racines, un animal. Il a gardé l’instinct qui le pousse à la reproduction et à la survie. Les cerveaux restent en concurrence et, selon le besoin, l’un ou l’autre prend le dessus. L’atavisme « sécuritaire » des lois des hordes primitives reste le fondement du comportement des civilisations. La guerre en est l’exemple le plus douloureux. Comme l’animal, l’homme protège sa famille, son territoire est ses biens en général jusqu’à la mort. Jusqu’à tuer son alter-ego. L’homo se protège avant de protéger autrui. Il s’aime (?) au travers autrui. Amour est ego-isme. Amour est de formulation humaine et ne peut se concevoir sans le « Grand Tout ». Donc inconnu. Il ne ne appartient plus, à ce niveau, de concevoir, mais de nous laisser « imprégner » en nous abandonnant en état de réceptivité spirituel sans conceptualisation de….?

« Colibri et grands penseurs« 

Chaque matin, une famille de colibris vient égayer notre petit-déjeuner. J’ouvre un livre comme je regarde des colibris. Chaque livre est une rencontre et un plaisir. Il fût un temps ou j’essayais de « retenir », sans doute pour essayer de « briller » en société. Désormais, je ne réponds plus quand quelqu’un m’interroge sur mes lectures. La réceptivité intellectuelle précède et procède la réceptivité spirituelle. La première alimente la seconde…à condition de ne pas vouloir se forger des vérités à partir d’œuvres humaines. Laissons distiller, instiller, imprégner…Tout aliment sera rejeté dans sa quasi totalité par mon organisme, celui-ci ne conservant que l’essentiel. A mon insu. Il en est de même pour tout contact intellectuel ou spirituel.

« La cohérence et la beauté du Tout – Religion« 

Comment parler d’un concept humain qui parle de ce que l’humain ne re-connaît pas? Ici commence, peut-être, une travail collectif (religion?), mais bien plus surement un travail immersif personnel. Le danger de la religion est qu’elle nous gorge de concepts, de dogmes. La religion devrait nous libérer: elle asservit qui veut de la sécurité et de l’espoir. La vie est une prise de risque de chaque instant . Risque de se tromper.

Respect Universel

Voilà, à mon avis, ce qui manque le plus à l’Humanité. Respect des êtres, respect de la création tout entière quelque soit sa forme. C’est pour moi le Grand Défi de l’Humanité. Le pont vers une Humanité « Autre ». Quant à savoir si cette « Autre » sera un progrès???
N’est-il pas de la nature du monde de n’être que chaos?

Au risque de déplaire,

Etienne Lallement – le 4 janvier 2019

11 novembre…

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Aujourd’hui 11 novembre…

Aujourd’hui 11 novembre 2018, je ne célèbre, ni ne chante l’Armistice.

Encore moins une victoire.

Aujourd’hui, je pleure cette part de l’humain qui fait de lui, de nous, de moi des assassins en puissance. Il suffit que l’un dise à l’autre « tue ! » pour que l’autre, que nous, que moi devenions des assassins. Si je n’y prends garde, cet assassin, ce sera moi. Si je me rebelle, je deviendrai, sur ordre, le traître, fustigé, honni par un cheptel conditionné qui deviendra mon bourreau. Pour l’exemple.

11 novembre 1918. Une illusion de paix. Pas la Paix. Armistice n’est que suspension des hostilités.

11 novembre 1918. Celle qui se fait appeler « Humanité » enterre une seule et petite tête de l’hydre.

Elle l’enterre avec ses racines.

Depuis, la guerre est plus que l’affaire de quatre années. Elle s’éternise. Elle se déplace. Elle rampe. Elle explose. Elle ravage. Nulle parcelle de terre n’est à l’abri de la folie guerrière. Celle qui se fait appeler « Humanité » pille et détruit. Se fait complice, donc coupable. La violence revient vers des champs qui se croit désormais épargnés parce qu’il ont, un jours, connu l’horreur et l’honneur, vers des champs funèbres devenus des terres fertiles pour l’ivraie, des terreaux de la haine et de l’asservissement. Dans une presque indifférence qui n’est qu’impuissance.

Elle revient car nous portons en nous une part de cruauté qui résonne et s’éveille au son des clairons. Clairons qui légalise le meurtre. Clairons qui autorise la cruauté. Clairons qui glorifie la mort. Clairons qui réveille en chacun de nous notre part d’ombre, notre part d’enfer.  L’humain n’est qu’une part de l’Être. L’Être est abîme. Un néant où s’engouffrent, aspirés, l’humain et l’inhumain qui se fondent et se confondent.

Le vainqueur érige sa volonté en loi. Le puissant impose sa volonté en « Vérité ».

Vainqueurs et vaincus sont guidés par la peur. L’angoisse mène le monde. L’ignorance est « matrice » de l’angoisse. Le vainqueur impose au vaincu l’ignorance. Le vainqueur ne veut pas connaître, ne rien connaître que sa loi…

L’inconnaissance rassure. L’inconnaissance conforte. L’inconnaissance soumet.

Les vérités, pas plus que « La Vérité », ne sont des dictas, mais une révélation. Une révélation n’est ni un enseignement, ni un conditionnement, mais le lent mûrissement d’un travail personnel. Plus les humains se regroupent, plus ils s’agglomèrent pour ne pas avoir à penser. Plus ils deviennent inhumains, asservis. Ils s’asservissent croyant se libérer. Ils s’asservissent pour gagner du temps. Temps qu’ils s’ingénieront à perdre pour se libérer de l’essentiel. Nous nous asservissons à la distraction, au futile, au dérisoire.

Il nous appartient de choisir entre les plats préparés des faiseurs de « prêt-à-penser » ou prendre le temps de cultiver et cuisiner notre Être avec des condiments que nous aurons choisis sur le marché de l’existence. Comment apprendre à choisir ?

Nous devons cesser de nous unir « pour-ne-pas-penser » ou penser comme la masse. Nous devons cesser de nous unir pour diluer, nier nos responsabilités. Éternel combat du droit et du devoir ou le devoir est souvent vaincu et le droit vainqueur. Revendications !

Démocratie. Illusion de pouvoir. Nous élisons des « chefs »…Des chefs ? Tous le croient. Illusions de l’autorité. Ces chefs ne sont que boucs émissaires, bêtes de somme, taureaux d’holocauste…

La démocratie permet à la masse électrice de désigner pour des raisons inconnues, obscures ou inavouables, dans la douleur ou la joie artificielle d’un soir, permet de désigner des ânes bâtés de ses propres incompétences et incuries. A tout-va et tout propos, la masse bat les flancs de la monture en omettant de battre sa propre coulpe. A une demande de masse, tout un chacun exige une réponse individuelle. Mission impossible.

Ainsi va le monde. Ainsi va notre « petit-monde » qui eût à choisir entre la dictature d’un chef, voire d’un tyran-et-sa-cour et l’illusion de la dictature du prolétariat. Les unes ou les autres ne sont que dictatures. Toutes sont fragiles. Toutes génèrent de l’angoisse. L’angoisse, la violence.

N’y aurait-il de débouchées que violentes ? La violence doit-elle répondre à la violence ? Les révolutions ont démontré qu’elles débouchaient sur d’autres dictatures.

L’angoisse mène le monde. L’ignorance l’asservit.

Pour être Libre, l’Être Humain doit connaître et savoir.

L’Être Humain ne peut se sauver qu’individuellement. Pour se sauver individuellement, l’Être Humain doit être libre ou en voie de libération.

Pour être Libre, l’Etre Humain doit connaître et savoir.

Seul, le bien a besoin d’être défendu par la force. Force, mais non-violence. L’Être Humain se défend, se défendra par la mise sur la voie et la liberté de connaître ce qui il est dans son individualité. Non pas l’image de lui que d’aucun lui impose, mais celle qu’il n’aura de cesse de chercher en lui plutôt que de courir des chimères rassurantes…éphémères.

Que le voile se déchire: Aléthéia

Etienne Lallement – 11 novembre 2018

https://sydrach357.com/2013/08/12/france-inde-naguere/