Mariage Indien, Mariage Hindou

Ce que nous appelons « Amour » entre peu dans la formation des couples Hindous. La caste, la religion, l’astrologie, le choix des parents sont déterminant dans les épousailles indiennes. De nombreux époux se sont connus le jour des noces. Se retrouver dans la couche de quelqu’un que l’on vient juste de vous présenter doit être assez traumatisant. Peu à peu, au contact des occidentaux et sous l’influence des médias, télévision et cinéma, les mentalités changent, mais surtout en milieu urbain.

Ce n’est pas le cas de Rakesh et Sangeetha qui travaillent dans la même société, Maersk-Line. De ce fait, nous avons ouvert une parenthèse dans nos vacances au Kerala pour participer à la cérémonie.

« La cérémonie du mariage se fait différemment par les Hindous vivant dans des régions différentes et parlant des langues différentes. Mais, si le rite le plus important qui fait parti de tout mariage hindou effectué dans n’importe quelle région est appelé Saptapadi, c’est-à-dire faire sept pas ensemble, avec Agni (le feu) comme témoin. La dite cérémonie contient des mantras qui signifient que les mariés prennent les sept pas ensemble pour la coopération mutuelle et sont ainsi déclarés « amis« . » (L’Hindouisme pour tous – Dr Ramachandrasekhar et T.S;Srinivasan – édition GIRI).

Pourquoi nous sommes à Chennai?

La société Maerk-line, le premier transporteur mondial par conteneurs, a décidé de réunir sa logistique en un seul pays. Ainsi, plusieurs centaines de collaborateurs des 5 Continents ont été rassemblés en Inde et répartis sur 3 pôles: Mumbay (ex Bombay), Pune et Chennai (ex Madras).

Pour la compagnie, les avantages ne sont pas négligeables. Désormais, tous les services sont sous une même direction, dans un même fuseau horaire. Les responsabilités ne sont plus diluées, mais concentrées en moins de personnels. Ici l’on travaille 45 heures par semaines sans rechigner, mais il faut le dire dans un rythme anglo-saxon, histoire oblige. La masse salariale, à responsabilité égale est divisée par quatre. Internet et les nouveaux vecteurs de communication sont passés par là est désormais une partie très importante du travail peut s’effectuer à (très) longues distances et seuls les commerciaux resteront, à terme, au contact direct avec la clientèle.L’Inde est la puissance émergente qui offre le plus de liberté aux entreprises et celle-ci ne s’en privent pas. Pas plus tard qu’hier, on me donnait le chiffre de 85 entreprises françaises implantées à Chennai. Selon l’économiste John-Kenneth Galbraith, « l’Inde est une anarchie qui fonctionne » (Le Routard).

J’aurai l’occasion de revenir sur les facettes sociales, religieuses et économiques de l’Inde, pays en plein choc interne de civilisations où le Moyen-âge affronte au quotidien un XXIéme siècle qui s’occidentalise un peu plus chaque jour.

La victoire par KO de l’un ou de l’autre condamnerait l’Inde à brève échéance. L’économie tirera l’Inde de la misère. La spiritualité l’épargnera du chaos matérialiste.

à suivre…

OMR

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Les vingt premiers jours, nous avons résidé à l’hôtel « Fortune », le temps de trouver un appartement, l’équiper et le meubler. Notre logement provisoire n’est qu’à quatre kilomètres, à peine, de Maersk Gobal Services, l’entreprise de Béa.

Dès son premier jour de travail, je décide d’aller la rejoindre à pieds. Pour cela, il suffit d’emprunter une seule route. Mais quelle route! La Rajiv Gandhi Salai, plus connue sous les initiales « OMR » pour Old Mahabalipuram Road. Il y a 6 ans, lors de son premier séjours ici, Béatrice avait pu constater une route non carrossée, défoncée dont les bas côtés voyaient germer quelques rares immeubles modernes. Les tentacules du Chennai de 2013 ont désormais une emprise totale sur le paysage.

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OMR est une route rapide à deux voies. Séparé d’un muret central et de deux murets latéraux, cette « Express Way » est péniblement limitée en vitesse par des panneaux affichant « 40 ». A quarante miles à l’heure, la limite est déjà dépassée, mais il faut se rendre à l’évidence, ce sont des kilomètres heure. Ici, système métriques et mesures anglaises cohabitent et l’on passe de l’un à l’autre. Il y a peu, mon ami Marc voulant acheter un étendoir à linge, s’est entendu expliquer qu’il disposait de quinze mètres de corde sur un appareil de trois pieds de haut.

Le peuple de la voie.

 

Mais pour ce premier jour, plus que la circulation tonitruante et klaxonnante, c’est le peuple de la rue qui retient mon attention.Toutes les femmes se parent de tenues traditionnelles qui fleurissent de leurs couleurs chatoyantes la terne chaussée poussiéreuse. L’homme, pour sa part, a adopté une tenue occidentale, chemise claire et pantalon sombre. Quelques anciens s’accrochent encore à des tenues millénaires. Beaucoup vont pieds-nus.    Par respect des coutumes, la femme s’éclaire de tenues traditionnelles. L’homme rêve d’Occident en adoptant l’uniforme terne des pays encore riches. D’ailleurs, les entreprises les y encouragent en imposant cet habit monotone.

Cette voie mérite, ô combien, le titre d' »artère ». Il s’y insuffle et s’y coule en direction du coeur de ville, un peuple à la peau sombre pour enrichir de vitalité cette mégapole de bientôt dix millions d’habitants.

La voie.

OMR est une deux fois trois, voire deux fois quatre voies. C’est selon. Selon l’endroit, enserrées de murs de béton qui devraient endiguer une marée mécanique où s’agitent, s’agglutinent ou se dispersent des milliers de deux, trois ou quatre roues. Motos, autos, camions, autobus et les fameux rickshaws, poux jaunes de la route qui peuvent vous emmener partout, même à contresens de la circulation. Dans tous les sens, quelques bovidés broutent le macadam ou tirent d’antiques charrettes. Dans les murs de bétons, quelques échancrures permettent de faire demi tour, de changer de voie, de repartir à sens ou contresens sur des latérales mi-routes, mi trottoirs où règne ou folle anarchie. Un trottoir ou se meut, plus ou moins vite, tout ce qui peut se mouvoir, vivant ou mécanique. Cette troisième voie se pare parfois de pavés auto-bloquants devant des immeubles récent ou explose en parcours du combattant, terrain défoncé rempli d’obstacles divers où se tordent les chevilles et où baillent par dizaines les gueules des égouts sans couvercle qui pourraient nous engloutir à chaque pas dans un cloaque deux ou trois mètres plus bas, si l’on n’y prend pas garde.

Désormais, cette voie est désormais la nôtre: c’est sur sa rive que nous habiterons deux ou trois ans.

Juste quelques formalités…

Le passage obligé pour l’expatrié débarquant à Chennai est le bureau de l’immigration.

Un petit employé grisonnant et grimaçant,  grince des consignes que sans doute lui seul comprend, mais, par paquet d’une dizaine, à chaque grincement,  nous rejoignons un bureau dont l’atmosphère est brassé difficilement par deux ventilateurs sans doute accrochés sous Mountbatten. Premier contrôle. Attention on ne quitte pas sa place sans consigne du petit fonctionnaire revêche. Pas question de passer avant son tour. Si le borborygme est incompréhensible, le langage impérieux du doigt ne laisse aucun doute. Chacun serre nerveusement les quelques dizaines de documents qui forgeront le sésame de la terre promise. Premiers recalés. Il manque un document. Ils sortent la mine sombre. Certains esquissent quelques propos acerbes vite étouffés par la cohue des prochains candidats qui se piétinent à la porte.  Personnellement nous avons confiance. L’entreprise de Béatrice constitue depuis quelques temps, ce type de dossiers par dizaines. Ils sont rodés. En effet, le premier examen est réussi et il nous est remis un jeton rouge marqué d’un « 4 ». C’est le numéro du guichet où notre dossier subira un deuxième contrôle. Il nous faut attendre. Longtemps. Enfin, nous. Il nous faut revenir mardi à quinze heures avec le certificat de l’employeur et « the form C ». Le dossier comporte le contrat de travail, mais ce n’est pas suffisant. La forme C semble inconnue à Gidéon, le responsable des expatriés de l’entreprise Maersk Line. Il faut dire que les formalités d’entrée en Inde se durcissent depuis quelques mois et les exigences, évoluent, les formalités s’inventent. Ce qui était exigé en janvier, ne suffit plus en février.

Mardi suivant à quinze, seize, dix-sept heures… Cette fois, il manque le contrat de location du lieu de résidence qui ne nous sera remis que contre la délivrance du document de l’immigration  qui nous sera délivré quand nous fournirons le contrat de location du lieu de résidence …

Lundi suivant. Après palabres. Retour à l’immigration-office. L’employé qui nous a convoqués pour nous remettre le papier qui nous autorise à séjourner et travailler en Inde pendant un an, est en « holidays », son guichet est fermé. Ses collègues ne s’empressent pas de prendre son travail. Les esprits s’échauffent, le ton monte de chaque côté des guichets. Même les Japonais de Renault-Nissan qui attendent le même document grommellent. Après plus de cinq heures d’attente dans ce bocal de l’administration sur des chaises devenues des plus inconfortables, nous obtenons notre papier qui, dans les mains de Béatrice, semble bien ridicule après tant d’efforts et de patience.

Dans quelques mois, nous recommençons : l’autorisation n’est valable qu’un an.

Heureusement  cela ne concerne par les touristes, pourvoyeurs de devises, qui, comme vous, viendrons nous visiter.

L’Inde à petits bonds (3)

« Early in the morning », nous décollons avec une heure de retard. Il a fallu subir une nouvelle séance de dégivrage. Malgré cela, nous toucherons le sol indien à l’heure précise prévue, soit 1 heure du matin après un vol sans histoire. Il fait 20°C.

Premier contact. Le contrôle des passeports et visas est effectué par une fonctionnaire en sari qui, pour simplifier sa communication verbale et garder un faciès de douanier scrupuleux, nous salue au moyen d’un petit écriteau où l’on peut lire : « Namaskar ». Cette formule de politesse peut se traduire par :  » Je salue en vous une enveloppe du divin ». Elle ne sourit pourtant pas, tamponne et découpe. Vingt mètres plus loin, nous sommes contrôlés pour savoir si nous avons été contrôlé. Le second contrôleur, nous prend une déchirure de papier qui nous a été remise par le premier contrôleur. Un escalator descendant (descendator ?), nous aspire. A moins de dix mètres de sa base, un portique et un tunnel avec tapis roulant pour contrôler les effets personnels. Imaginez un escalier mécanique de 80 centimètres de large qui absorbe en même temps les passagers de trois longs-courriers et les dégueule imperturbablement et d’un flot régulier vers le boyau aux rayons X! On se bouscule, on s’écrase, on crie, on titube, on étouffe. On a des intimités avec des gens à qui l’on a même pas été présenté. « Pardon Madame ». Enfin on arrive face à la gueule du monstre. A ses côtés trône un personnage qui n’aurait pas défiguré un film de Pagnol. L’uniforme accuse déjà quelques heures de travail. L’homme accuse aussi. Il se balance nerveusement sur les deux pieds arrières de sa chaise de fonction, éructant des consignes que personne ne comprend. Heureusement, il est polyglotte des mains. L’expression est dans le geste. Un doigt pointé vers moi dans un geste spiralé combinant les contraires, me fait comprendre que je peux garder le manteau que j’avais déjà retiré. Nous récupérons le gros de nos bagages sur les tapis roulants. Dernier contrôle. Nous sommes repoussés: nous n’avons pas rempli, ni signé, le talon qui prouve que le second contrôleur a bien récupéré le talon prouvant que le premier contrôleur à bien fait son travail! Taxi vers l’hôtel. Nous roulons dans ce qui nous parait-être, dans la lueur des phares, une autoroute. Le lendemain nous prouvera que non. Un Péage néanmoins. Une effluve nauséabonde et moite envahit l’habitacle climatisé à l’excès.

Nous atteignons l’hôtel Fortune. Difficile de dormir. Il est 19h30. Il est 22h00 au Havre.

Attente laborieuse….

Et bien non! Nous ne sommes pas encore en Inde. L’ambassade n’ayant pas encore délivré nos visas demandés il y a un mois, nous n’avons pas pu partir. L’envol est de nouveau programmé pour mardi prochain. A condition que…

En attendant Béatrice va chaque jour au travail qu’elle ne quittera que la veille de l’envol. Ces collègues lui ont fait la fête autour d’un repas Indien vendredi dernier. Elle partira avec encore quelques « très beaux » cadeaux supplémentaires.